06.03.2011

Salim Kechiouche, Gay friendly ?

Salim Kechiouche
Salim Kechiouche, le retour.

J'aurais pu me laisser aller au mythe Salim Kechioume, rêver devant cette icone gay, gober tous ce qui se dit sur lui, ajouter à ce flot intarissable d'éloges, l'encenser comme tant d'autre le font, me joindre à la volière et roucouler en cœur, cela aurait été si facile, tellement réconfortant. Mais voilà, moi qui me prends à rêver de tout et sur tous, je connais mes fantasmes assez bien pour me méfier de tout et de tous.
Au fil des billets, des témoignages, des galeries d'art, des clichés, de ces vidéos où on le voit militer aux côtés des manifestations contre l'homophobie, des interviews où parfois il gomme sa voix ou d'autre fois il redevient le rebeu de cité ; au milieu de ce brouhaha, un doute a germé en moi : Ce garçon, qui me fait penser à un caméléon, tant par l'image changeante qu'il donne de lui que dans ses discours de circonstances, est-il aussi sincère qu'on le dit?

 

Salim KEchiouche

 

 Au fond, il doit tout à Gaël Morel, qui lui a offert son premier rôle dans un long métrage et puis d'autres encore. Il s'est fait remarqué dans : "Grande école", "Le clan", "Le fil" ; tous ces films qui racontent une histoire d'amour entre deux garçons et où il joue de son côté glamour, romantique en interprétant l'un de ces garçons. Il a tenu le premier rôle dans "Gigolo", film qui fait partie de la série, "Court mais Gay", où il incarne le personnage dramatique de Karim, un jeune écorché vif, qui se partage entre une relation tumultueuse avec une femme de la "jet set" et la prostitution avec des hommes. Un film dur, un Salim excellent, émouvant qui révèle tout son talent d'acteur, ( à voir!).

(Cliquer sur le titre pour ouvrir la vidéo dans une nouelle fenêtre.)

 

Dans la pièce "Les grecs" il joue un jeune beur gay, Osman, amant d'un des membres de la famille où il va jeter la grouille. Il est inoubliable dans "vie et mort de Pier Paolo Pasolini" où il se glisse dans le personnage de Giuseppe Pelosi, l'amant et assassin (présumé), de l'écrivain-réalisateur Pasolini. Il a accepté / demandé, (c'est selon la version de l'un ou de l'autre), de poser pour Michel Giliberti, qui a réalisé sur lui une série de portraits (photos-peintures) qui ont été le fil d'une exposition à Paris (rappelons que M.G a une clientèle (plutôt)… gay).  Il donne des interviews pour des magazines gays et va même jusqu'à poser pour la couverture de Tétu en 2010.
Et puis il y a ces photos de charmes qui inondent la toile, si superficielles et ces portraits baignés d'ombres, où l'artiste a mis en relief l'image stéréotypée du beau gosse au regard ténébreux, du révolté, de l'écorché vif, de la racaille tant fantasmée par les gays.
Le moins que l'on puisse dire c'est que Salim Kechiouche à pas mal flirté du côté obscure gay.


Etrange symbiose en effet qui n'a pas échappé au journaliste Hugues DEMEUSY:

"Le comble de son adéquation avec la "gaytitude" a sans doute été de poser pour l'objectif de Pierre et Gilles et de signer définitivement un pacte avec le diable. Car difficile pour lui de s'extraire de ce "personnage"" qui lui colle à la peau : il faut bien reconnaître qu'il n'a pour l'instant trouvé de rôles d'hétérosexuel convaincant et remarqué."

Hugues DEMEUSY

 Je ne savais plus quoi peser de cet acteur, changeais sans cesse d'avis à son sujet, et puis je tombe sur cette vidéo réalisée dans les studios "Berbère TV". Le journaliste lui demande, au milieu de l'interview quel est pour lui son meilleur rôle jusqu'à présent. Salim fronce des sourcils, se tortille sur sa chaise, puis relève la tête et sans une hésitation sans chercher, il fait cette réponse qui dans sa voix, ses gestes, son visage, résonne comme un reniement : "Fortunes ! le rôle de Brahim dans Fortunes" et il conclut par ces mots : "Je pense que c'est un des plus beaux cadeaux que l'on m'ait fait (…) dix ans de galère, de rames pour avoir un rôle comme ça et ben merci l'bon dieu", etc.
Dans une autre interview à propos de ce téléfilm "Fortunes", il précise que ce rôle l'a sorti d'un… "Carcan" (?!).

 

 L'interview de Salim Keciouche dans les studios de " Berbère TV"

Si vous n'avez pas de temps à perdre et voulez écouter cette fameuse réponse (à la question qui lui est posée sur son meilleur film), déplacer le curseur jusqu'à la 35 eme minute de la vidéo :

 


Salim Kechiouche et Tony Mpoudja
envoyé par GALAXIE-BERBERE.

Je me suis bien demandé de quelle galère il parlait ?! De ces tournages où il interprète des personnages gays, (ses seuls rôles dans des longs métrages au cinéma),  qui l'ont révélé ? Du film le Fil, qui lui a permis de s'afficher aux côtés de Claudia Cardinal, de mieux se faire connaitre et qui lui a valu de figurer dans la liste des présélectionné aux nominés des Césars pour le meilleur espoir masculin ? De ses rôles au théâtre où il reprend le rôle d'un gay. Tout ce parcours n'a été pour lui que "dix ans de galère" ?!
 Carcan ! Vous avez dit "carcan ?! J'ai cherché la définition exacte dans mon petit Larousse illustré : " collier métallique qui sert à attacher un prisonnier à un poteau". Quel carcan Salim Kechiouche évoque-il ? Cette relation pour la moins ambiguë avec la communauté homo, cette image d'icône gay, peaufinée sans quelques fantasmes par les uns, consciemment accepté par lui. De ces rôle qui lui "collent" à la peau ? Se sentirait-il prisonnier de ce succès, succès dont il semble s'être servi comme d'un tremplin  et dont il voudrait bien se débarrasser, à présent qu'il ne lui est plus utile ?

Soit je me trompe complètement sur lui et ce garçon a un problème de sémantique, soit sa réponse a de quoi faire réfléchir !

D'autant que, lorsqu'il répond au journaliste du magasin Tétu à propos de ce téléfilm (Fortunes), ses propos sont très différentes, plus nuancés. Il n'évoque plus le mot "galère" ni "carcan" (je pense que son interlocuteur aurait tiqué tout comme moi). Son discourt est lissé, caressant à notre endroit, il surfe à merveille sur la vague rose. (interview en ligne sur le site "As de cœur").

  

Salim Kechiouche

 

 

 

Alors, Salim Kechiouche, Un gay friendly ? Comme il se plait à le laisser dire. Un empathique, un acteur engagé, qui a eu le "courage" d'incarner des personnages gays… ou un garçon très intelligent, pragmatique, à la niaque bien affutée? Un opportuniste qui a trouvé dans son succès au près de nous, pauvres naïfs, l'occasion de réaliser son désir et de se faire connaitre dans ce milieu du cinéma et du théâtre, comme il le dit lui-même: "encore très fermé aux gens issus de l'immigration".

 

04.03.2011

A toute vitesse, avec Salim Kechiouche dans son premier rôle.

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De Gaël Morel, 1996.

Sur ma lancé, je me suis procuré le Film de Gael Morel à toute vitesse. L'histoire tourne autour de trois personnages Jimmy (Stéphane Rideau ), un caïd solitaire, abrupt, qui cache derrière sa carapace de garçon ombrageux un cœur tendre et une fidélité sans faille pour son ami. Quentin (Pascal Cervo ), un écrivain en herbe, imbu de lui-même qui se laisse draguer par Samir, pour lui voler son histoire et en faire le fil de son prochain livre, Samir (Mezziane Bardadi ), le jeune rebeu gay, qui traine avec lui sa solitude depuis la mort de son ami Rick (Romain Auger) et qui cherchera en vain auprès de Quentin -dont le refus s'apparente à du refoulement-  sinon un amour improbable,  un peu de tendresse et de réconfort.

salim kechiouche,a toute vitesse,gael morelEt puis l'on découvre Salim Kechiouche (encore adolescent, l'occasion d'apercevoir les quelques poils qui déjà, à a peine 16 ans, garnissaient le creux de son torse. ), dans le personnage de Jamel, qui incarne pour son premier rôle dans un long métrage, un jeune rebeu de banlieue bagarreur qui roule des épaules, frime devant les filles, joue les petits durs en forçant l'accent et que l'on retrouve au fond d'une cave à écrire des poèmes en cachette de sa bande et de ses frères.

Gaël nous livre là un gamin atypique à travers lequel on sent se profiler l'âpreté mêlé de tendresse de Mécir, Hicham, Bilal.

 

  Oups ! J'allais oublier Julie (Elodie Bouchez), la petite amie de Quentin, qui n'est là que pour servir de trait d'union entre ces trois garçons.

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Très beau film, que j'ai adoré ; en rupture de stock partout sauf à la Librairie gay Les mots à la bouche, 6 Rue Ste Croix la Bretonnerie à Paris. 

 

28.02.2011

Le Fil, avec Salim Kechiouche.

LE Fil, Salim Kechiouche

De Mehdi Ben Attia, 2010.

 

Synopsie.

Quelques semaines auprès la mort de son père, Malik (Antonin Stahly-Vishwanadan) un jeune architecte, revient vivre en Tunisie, dans la villa familiale. Malgré les conseilles de son psychologue il ne parvient pas à parler à sa mère (Claudia Cardinale) de sa préférence pour les hommes et s'enfonce dans le non-dit. Et puis il y a Bilal (Salim Kechiouche) le larbin de la maison, sensuel et romantique. Son regard doux et obscur, son corps robuste à la peau sombre,  séduisent le jeune architecte. Un soir alors que bilal vient faire ses adieux à Malik, les deux garçons découvrent la réciprocité de leurs sentiments et tombent dans les bras l'un de l'autre. Dès lors ils ne vont plus se quitter et la mère de Malik s'affranchissant des interdits finira par accepter le choix de son fils.

   LE Fil, Salim Kechiouche

Ce que j'en pense.

C'est de loin, dans cette trilogie (Grande école, Le clan, Le fil), le film que j'ai préféré. Plus vraisemblable, à la portée de tous et où l'histoire de ces deux garçons m'a profondément touchée. Le seul reproche que je ferais au scénario, c'est de ne pas avoir montré le sentiment qu'éprouve Bilal pour Malik, avant que le premier ne tombe dans les bras du second. Certes il y a cette scène dans le salon, où le jeune Tunisien sourire tendrement sur la photo de Malik adolescent. Mais cela ne suffit pas à introduire l'intrigue amoureuse entre les deux personnages.

Autant l'attirance du jeune architecte pour Bilal est palpable, autant ce dernier semble y être indifférent. Il n'y a aucun trouble dans le regard que s'échangent les deux garçons, aucune connivence entre eux avant que celui, dont rien ne nous dit non plus qu'il est homo, tombe dans les bras de l'autre. On ne comprend pas non plus les raisons qui amènent Bilal à vouloir partir et l'explication qu'il donne ne nous avance pas davantage : "Cela ne sert plus à rien de rester ici à faire le larbin" (?!). On se demande bien à quoi cela pouvait lui servir avant ?!
Et puis il y a le volte face de cette mère, qui tout à coup en découvrant la complicité qui existe entre sa cousine et son fils, prend conscience que l'on peut aimer et accepter un fils pd. Revirement qui nous laisse d'autant plus perplexe que pour le commun des mortels, il faudrait plusieurs vies pour faire ce chemin.

Le Fil, Salim Kechiouche

Comment font-ils pour s'embrasser ainsi. Certes ce sont des acteurs, mais cela ne convint qu'à moitié. Mehdi Ben Attia raconte que Antonin Stahly (Malik), était réticent à l'idée de devoir jouer des scènes d'amour avec un homme, puis au fil du tournage il y a prit goût au point de dire : "Super ce matin on tourne une scène d'amour!". Des propos, en forme de clin d'œil, qui ne sont pas sans nous déplairent. Salim Keciouche, lui  parait coincé lorsqu'on aborde la question. Il tourne autour du pot, se raidit,  prend ses distances, se retranche derrière le métier d'acteur et ses contraintes. Voilà je suis un acteur et en tant qu'acteur je me dois d'être : "Le plus crédible possible".
L'un entrouvre une porte, l'autre la tient bien refermée: Deux langages, deux cultures.

  En dehors de ces quelques critiques ce film, se révèle bien ficeler, si je puis dire. Même ce fil accroché dans le dos de Malik et qui apparait lorsqu'il se sent en conflit avec sa mère, ce fil qui est là pour matérialiser ce lien pesant qui le rattache à elle, dont l'apparition au début s'emble quelque peu lourde, prend tout son sens dans les scènes suivantes.
Pour le reste, les acteurs sont excellents, parfaits dans leur rôle, convaincants et les paysages sont si beaux qu'ils m'ont donnés l'envie d'aller passer quelques jours en Tunisie. Quant à Salim Kechiouche à la peau mordorée, que certains critiques comparent à un petit nounours, potelé (?!), il confirme ici, dans ce personnage docile et sensuel tous ses talents d'acteur.

Je reviens sur cette comparaison avec un petit nounours que je ne comprends pas. Son torse certes s'est étoffé, son visage a gagné en maturité, mais ce passage du temps ne le rend que plus désirable encore. Pour le reste, ses jambes sont toujours aussi craquantes, son corps couleur ambre foncé, allongé sur le ventre, ou ruisselant au sortir du bain, est à se damner et son sourire qui illumine son visage d'une candeur sans pareil est une source de rêves inépuisables. Il est clair que si je trouvais Bilal dans mon lit je n'irais pas coucher dans le canapé.

Ce que j'ai aussi apprécié dans cette histoire c'est qu'elle se termine, sans pour autant sombrer dans le roman à l'eau de rose, sur une note d'espoir, une "happy end", c'est un film positif sur l'homosexualité. Certain en on fait la critique. Une critique qui nous rappelle que pour beaucoup, une histoire d'amour entre deux hommes, doit, encore et toujours trouver une fin en noir et gris, à l'instar de "Brokeback mountain", où l'un des amants termine sous les coups de barres à mine d'une bande de gros bras, d'homophobes made in Louisiane. Putain voilà une fin qui tient la route ! 

 

Le Fil, Salim Kechiouche

La voix de Malik, Antonin Stahly: 

"Nous sommes comme les petits garçons qui mélangent leur sang : nous mélangeons nos corps et nous ne faisons plus qu'un. Bilal et moi nous essayons d'entrer à l'intérieur l'un de l'autre, parfois c'est lui qui me laisse entrer, parfois c'est moi. Déjà je me sens un peu Bilal, déjà je vois en lui un peu de moi, déjà nous nous ressemblons, bientôt les gens nous prendront pour des frères, des frères de sang comme les adolescents, hummm… des frères de foutre !"

 

Critique trouvée sur le Net :

Je vous laisse méditer sur ce qui semble être une nouvelle et rassurante approche, de la façon avec laquelle il est possible d'aborder le thème de l'amour entre deux garçons et qui montre qu'un réalisateur tunisien, abordant ce sujet, peut prendre quelques longueurs d'avance sur d'autres :

"Tout en proposant un nouveau regard sur l'homosexualité au Maghreb loin des images préconçues, le réalisateur a choisi une fin positive aussi ensoleillée que le climat tunisien que le film transcende. Un choix qui ne manquera pas de faire débat. Mehdi Ben Attia s'en explique: «Je voulais tourner le dos à la dénonciation. Il y avait un film facile à faire: les homos gentils face à l'ordre social, méchant, à la bourgeoisie, hypocrite. Et en prime, la menace islamiste... On connait cela par cœur. Je n'avais pas envie d'entériner le discours: "l'homosexualité, c'est difficile". Je ne voulais pas d'un film punitif, culpabilisateur. J'ai préféré le chemin vers le bonheur. En dénonçant parfois l'homophobie, on l'entretient quelque part. C'est très subversif de dire: "voilà, ça marche, je suis heureux. Regardez-les, ils y arrivent!"»."

Bande annonce du film :



Interview de Mehdi Ben Attia, le réalisateur:

 

 Un film à voir absolument et à re-revoir.