18.01.2012

Les garçons du Sant'Antonio.

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Je dînais hier au soir avec mon frère au Sant' Antonio, ce restaurant gay friendly place du Bourg Tibourg, dans le marais. Un endroit que je vous recommande pour ses pizzas, les meilleurs de la capitale et ses plats de pates tout aussi délicieux. L'ambiance et le personnel sont aussi une spécialité de la maison. Les serveurs ne sont jamais les mêmes mais toujours de beaux gosses, choisis pour leur charme et leur aptitude à se faire mater en gardant le sourire.

Un beau jeune homme au visage émacié que j'avais pris pour un client, nous a placés dans la grande salle près de la fenêtre qui donne sur la rue de la Verrerie. Sans rien demander à mon frère, j'ai pris la banquette d'où j'avais une vue d'ensemble sur la salle, les clients qui arrivaient et les allées et venues des serveurs.

Le beau gosse venait de prendre notre commande, en échangeant avec mon frère quelques sourires et amabilités, qui m'ont fait froncer les sourcils, lorsqu'ils sont arrivés. Deux jeunes, un garçon et une fille, elle un peu plus âgé que lui. Ils se sont installés à coté, en laissant une table vide entre nous. La fille a pris la banquette et le garçon s'est assis en face de moi.
Je l'ai remarqué dès qu'il est entré dans la salle, un visage comme le sien qui allie la beauté, le charme et un tel charisme, ça vous transperce comme une épée : ça fait mal au point que l'on espère lui trouver un défaut qui nous rassurerait, nous délivrerait de cette emprise.

C'est dans ces moments là que je prends conscience que ne sais pas m'exprimer. Je me dis que  j'aimerais avoir la plume d'un grand romancier, ou les moyens de m'offrir leur service pour dépeindre et fixer pour toujours le portrait de ce garçon. Comment décrire cette beauté déroutante ? Comment exprimer le charme bouleversant de ce visage typé aux longs sourcilles sombres et effilés qui surlignaient de grands yeux noirs et vifs que deux petits sillons soulignaient, le tout entouré de longues mèches de cheveux emmêlées qui cachaient ses oreilles, descendaient dans son cou et lui donnait un air de sauvageon? Comment évoquer la grâce de ce corps mince, de ses bras secs (il avait eu la bonne idée en arrivant de relever ses manches), à la peau mat, couverts d'une pilosité fine et régulière qui mettait en valeur l'ondulation de ses muscles ?

 Tout en sirotant sa bière, le garçon prêtait une oreille distraite (ce qui me rassurait) au flot de paroles dont l'inondait la jeune femme qui lui faisait face, une blonde "fadace" au visage ovale, les cheveux tirés en arrière, le teint pâle, les yeux globuleux. Ils se parlaient sans se pencher l'un vers l'autre, sans se regarder dans les yeux comme l'aurait fait un couple de leur âge. Ajouter à ça la teneur très professionnelle de leurs discussions dont quelques brides me parvenaient au milieu du brouhaha, j'en été arrivé, non sans une certaine satisfaction, à la conclusion qu'ils devaient être de simples collègues.

 Comme à mon habitude j'affichais, entre chaque coup d'œil dans sa direction, une parfaite indifférence, hochant de la tête à chaque fois que mon frère terminait une phrase, puis relançant la conversation sur un autre sujet. J'étais à cent milles lieux d'espérer de ce garçon quoique ce soit qui ressemble à de l'intérêt, persuadé qu'il ne s'était même pas aperçu de ma présence, quand il a incliné son regard de mon coté et après avoir hésité m'a considéré de ses grands yeux noires. Son regard était si profond que j'ai cru m'y perdre, et j'ai baissé les yeux avec l'indifférence de quelqu'un qui n'est pas intéressé. Je suis passé à ce point maître dans l'art de cacher mes sentiments, que je parviens à convaincre les garçons que je désir le plus, de mon total désintéressement à leur endroit.
 Sans arrogance, sans flagornerie, mais hésitant, confus, inquiet, ce regard improbable, inespéré se tourna à nouveau vers moi et à chaque fois je détournais le mien, à mon tour troublé, perturbé, parce que je me demandais si je devais attribuer son attention à l'intérêt que je lui portais, si c'était sa façon de me demander ce que je lui voulais, ou si ce regard venait de lui ; supposition insensée qui me troublait d'autant plus qu'elle me semblait de plus en plus probable.

 Tandis que mon frère, après avoir épuisé les sujets familiaux : les dissensions récurrentes, les claches qui avaient émaillés une fois de plus les réunions de fin d'année en famille, soupesé les bons et mauvais côté de chacun dans un esprit de conciliation, se lançait dans un monologue sans fin où il dressait la liste de toutes les innovations et avantages technologiques du dernier "i-pad" qu'il s'était offert pour noël, je réalisais que je n'aurais rien su proposer à ce garçon dont au fil de la soirée, il semblait de plus en plus vraisemblable (sans que je puisse m'expliquer cet anachronisme) que j'avais bel et bien retenu son attention. Je me sentais nul, mal, incapable s'il s'était trouvé en face de moi, de lui faire la conversation, de l'intéresser autrement que par quelques bagouts dans lesquels je me serais pris les pieds ; en d'autre termes : impuissant à le séduire.
Tout en relançant mon frère par quelques questions faussement intéressées sur l'utilité de son nouveau jouet (dont il me conseillait à présent l'acquisition), un mot me tournait dans la tête, puis une phrase. En jetant un nouveau coup d'œil à ce garçon qui semblait autant absorbé par la discussion que lui tenait sa collègue, que moi par celle de mon vendeur de chez Darty, je me résignais à cette constatation : J'étais un contemplatif, une sorte d'esthète ; incapable de faire l'adéquation entre rêve et réalité.
 J'aurais pu rester là toute la soirée, voire la nuit, à contempler ce garçon sans me lasser et sans que me vienne l'envie de glisser mes mains sous sa chemise ou de forcer l'élastique de son slip (Je n'avais à son endroit, aucun de ses désirs qui me viennent quand je pose mon regard sur d'autres garçons, comme ce beau gosse qui faisait le tour des tables pour s'assurer que tout allait bien, que j'aurais bien aimé déshabillé en arrivant et auquel je ne prêtais plus attention) ; j'aurais pu rester là une éternité, sans autre désir que de suivre le mouvement de ses lèvres, plonger mon regard dans le gouffre de ses yeux noirs, parcourir sans fin les traits de son visage, chercher son odeur et au milieu du tumulte deviner sa voix ; mais aligner deux phrases, engager une conversation avec lui, je réalisais combien j'en étais incapable.

 En rentrant chez moi mon intérieur m'a semblé d'une banalité triste à mourir. Propre certes, mais abandonné à un certain laisser- aller et souffrant d'un manque de goût qui s'était installé sans que j'en prenne conscience : le désordre sur la table du salon, les poches vidées sur le meuble de l'entrée, la lessive qui pend sur le sèche-linge dans la chambre d'ami, les vêtements qui s'accumulent au pied du lit. Je ne range plus. Devant tout ce fouillis dont je prenais tout à coup conscience, je pensais que je n'étais même plus en mesure de recevoir chez moi, que je me serais senti gêné en débarquent ici avec ce garçon. Pour la première fois, je me suis même surpris à envier l'intérieur contemporain et cossu que l'on trouve chez mon frère, propre à séduire,  nickel comme un stand de chez Ikéa, dont je me suis toujours fais fort de penser que c'était là une marque d'ostentation sans intérêt et que la vie était ailleurs.

J'ai pris un Lexomil, je me suis glissé sous ma couette avec le souvenir de son regard et je me souviens que ma nuit a été peuplé de songes confus où des garçons me croisaient en me tournant le dos, et la première chose que j'ai fais en me levant c'est d'aller voir sur internet à quoi ressemblait un I-Pad.

Commentaires

En lisant ton post, un souvenir m'est revenu... Je suis déjà allé dans cette pizzéria, il y a bien longtemps. C'était en 1998, il me semble. J'étais en escale à Paris. J'y retrouvais un ami. Il m'a fait entrer dans son groupe de copains et nous sommes allés manger une délicieuse pizza. C'était une soirée symapthique dans le Marais, chose que je n'avais jamais faite. Le lendemain, je prenais l'avion pour Israël.
Merci d'avoir ravivé ce souvenir...

Écrit par : comdhab | 26.01.2012

Comme quoi le monde est petit !

Écrit par : Patinter | 26.01.2012

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