23.12.2011
Jean-Paul Tapie ou l'art d'être désagréable.

Je viens de trouver ce commentaire d'un certain Jean-Paul Tapie, posté sur le billet : PLUS TARD OU JAMAIS. André ACIMAN..
"Votre épouvantable orthographe disqualifie tout ce que vous pouvez écrire. Ne pourriez-vous faire un effort ? Il n'y a rien de plus agaçant que de voir quelqu'un critiquer des livres en usant du français d'un émetteur de textos."
En découvrant ce commentaire plutôt blessant, mon réflexe a été de cocher la case "supprimer" et de valider : je n'aime pas ce qui pollue. Puis j'ai voulu en savoir davantage sur ce visiteur pour le moins arrogant. J'ai commencé par analysé les stats de mon blog et j'en ai déduit que ce "Scud" avait été tiré de l'île de la Réunion, que cet esprit chagrin avait lu ou parcouru une dizaine de pages ; ce qui m'a paru être un petit exploit pour qui considère mes notes comme de vulgaires "Textos", sans intérêt, cousus de fautes d'orthographe. A moins qu'il ne faille y voir là l'ampleur de l'ennui dont est faite son existence ! Puis j'ai tapé le nom de ce grincheux sur Google et là j'ai découvert que l'auteur de ce commentaire était un romancier. J'ai lu quelques articles le concernant et je vous en livre le résumé :
Après une longue traversé du désert et une douzaine de bouquins qui à une exception près connaitront tous le même insuccès, le sieur JP Tapie se résigne à "faire" dans la facilité : le roman de gare "porn'érotique", et là ça marche ! Pas étonnant le cul ça marche toujours, et d'autant plus dans le milieu gay. Il n'y a qu'à comparer le nombre de visiteurs d'un site à caractère érotico-pornographique riche en photos aguicheuses et en notes salaces, avec celui d'un blog genre journal intime ou actualités gays, pour s'en convaincre. Pour autant, faut-il voir dans ce semblant de succès (qui vient sur le tard), une reconnaissance littéraire ? J'en doute ! Mais il faut bien manger…
Après avoir fait le tour du personnage (et compris pourquoi ce romancier d'opérette s'attache plus à la forme qu'au fond : il n'a jamais trouver le "fond"), je me suis demandé si je devais laisser tomber ou si ce vieil acariâtre, oublié sur son île valait la peine, l'effort d'une réponse. Après quelque hésitation j'ai décidé de répondre :
Lorsque l'on se permet de jouer les "donneurs de leçons" en empruntant un ton méprisant et péremptoire, on se doit d'être irréprochable ! J'ai jeté un coup d'œil sur votre blog et j'ai parcouru au hasard et en diagonale quelques billets, par pure curiosité.
Avant de remettre les autres en question avec autant de suffisance vous feriez bien de vous relire !
Lorsque vous écrivez dans la note du 26 avril 2009 (Dolko sur www.tetu.fr) : "Je ne vous en voudrai pas si vous décidez d'exagérer …", ne vous semble-t-il pas qu'il manque "quelque chose" ?! Et ce n'est là qu'un exemple des "coquilles" qui jalonnent votre prose somme toute assez décevante … Si je peux arguer que l'orthographe et la grammaire, ne sont pas le terrain de prédilection d'un ingénieur de production, comme moi, il en va tout autrement pour celui qui se dit écrivain, quand bien même ne serait-il (d'après ce que j'ai pu lire) qu'un médiocre écrivain.
Vos bassesses semblent à la hauteur de votre talent. Et vous auriez beaucoup à gagner en vous inspirant du commentaire fair-play qu'André Aciman a posé sur la critique que je faisais de son roman, commentaire qui m'a inspiré le respect. Lorsqu'on le compare à vos propos vils et amères, on y trouve toute la différence entre un auteur talentueux, reconnu, qui a cette intelligence d'accepter que l'on pose un regard différent sur son œuvre et un petit romancier aigri, sans envergure et en mal d'inspiration.
Un mot encore et j'en aurais fini avec vous et vos petitesses. S'il vous plaît, passer votre chemin, nous n'avons rien en commun. J'en veux pour preuve votre blog parsemé de ces photos de "charme", représentant des garçons stéréotypés aux regards éthérés, au corps "bodybuildés"; ces poupées mannequins qui quelque part se ressemblent toutes, et qui, en étant à l'opposé de ce qu'est un garçon (ce qui me les fait aimer) sont comme autant de clichés désuets qui témoignent d'un manque cruel d'originalité et de profondeur.
20:07 Écrit par patblog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
16.12.2011
Johnny Hallyday, un homophobe ordinaire.

"L'idole des jeunes ne sera pas celle des homosexuels. Johnny Hallyday s'est retrouvé hier au cœur d'une polémique, après son passage, la veille au soir, dans la boîte à questions du Grand Journal de Canal +"
"A la question « Qui est le plus vrai mec, Johnny Hallyday ou Alain Delon ? », Johnny répond sans sourciller : « Alain Delon c'est un vrai mec de toute façon. Je pense pas être un pédé moi non plus hein, bon."
Je ne comprends pas bien en quoi ces propos sont choquants. Ils sont en parfaite adéquation avec le personnage et ne manqueront pas de ravirent la gent masculine de ses fans en perte de virilité. C'est sans doute la raison pour laquelle cette star sur le déclin s'excuse si mollement pour ce dérapage "contrôlé" (?).
Non, l'idole des "jeunes-vieux", n'est pas un pd ! Simplement un drogué, un alcoolique et un esprit stupide dans une carcasse en ruine : on ne peut pas être partout !
Et à quoi bon tenter d'expliquer à cette star qui n'a jamais brillé qu'au niveau du caniveau, que c'est cette homophobie au quotidien en apparence innocente et ordinaire, qui permet à d'autres en les confortant dans leurs convictions xénophobes d'aller plus loin, trop loin ; inutile de lui rappeler que ceci est d'autant plus vrai que de tels propos sont tenus par une personnalité qui occupe le devant de la scène et que le feu des projecteurs donne à ce genre de "dérapage", bien plus de résonance que dans le vide mentale d'un imbécile cristallisé devant son écran de télé qui se passer en boucle son dernier show : il s'en fout.
Ce qui me heurte, c'est d'avoir appris à l'occasion de cette nouvelle que monsieur Juppé à accordé, sur le dos des contribuables Bordelais, un rabais de 200 000 € sur la location de la salle où le chanteur au "mauvais jeu de mot", avait l'intention de se produire. C'est d'autant plus choquant lorsque l'on sait que ce dernier s'est expatrié en Suisse pour ne plus faire parti des contribuables Français. Il serait peut être de bon ton de lui demander de rendre cette somme qui serait alors versée au compte de la lutte contre l'homophobie. A moins que son concert ne soit annulé !
19:18 Écrit par patblog dans Carnet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.12.2011
A qui profite la recherche !

News :
"La protéine antigénique MUC1, retrouvée dans trois-quarts des cancers mortels, est la cible d’un vaccin qui a réduit le volume des tumeurs de 80 % chez des souris."
"Une équipe de chercheurs suisses vient de découvrir qu'en bloquant une protéine sur des souris atteintes de tumeurs, elle bloquait également le développement de métastases."
"Les résultats sur les souris sont encourageants. Celles chez qui les chercheurs avaient induit des cancers humains ont vu leurs tumeurs perdre 80 % de leur volume dès lors que l’on avait poussé la protéine CPEB4 au silence."
Je sais maintenant ce que je vais commander pour noël :
un costume de souris !

14:46 Écrit par patblog dans Carnet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.12.2011
Au risque de faire bondir...

Au risque de faire bondir bon nombre de ceux qui me liront, je dirai que je me suis longtemps défini comme un hétéro qui "aime les garçons", et il m'arrive encore en croisant un de ces regards masculins où scintille un soupçon d'ambigüité, de me sentir parcouru par ce frisson que portent en elles certaines vérités.
Comprenne qui voudra.
20:31 Écrit par patblog dans Carnet | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
12.12.2011
Bonheur fantôme, d'Anne Percin.

Synopsis :
Je pourrais broder sur tous ces résumés que vous ne manquerez pas de découvrir en flânant sur la toile, mais je ne m'y aventurerais pas : une histoire comme celle-ci ne se résume pas.
Bonheur fantôme.
Comme quoi il est possible d'écrire un roman qui mette en scène deux garçons autour d'une histoire d'amour réaliste, qui se termine sur une note d'espoir. L'auteur fait le tour de tout ce qui peut rapprocher ou désunir deux êtres : la tendresse, l'amour fou, la jalousie, la fidélité et son contraire, la trahison effective ou supposée, et le tout sans complaisance ni pour autant sombrer dans le mélodrame.
A égale distance entre le roman à l'eau de rose et le psychodrame, sans noircir plus que nécessaire, ni sortir les violons, Anne Percin nous livre une histoire simple entre deux garçons, résolument tournée vers l'avenir, une leçon de vie.et une bouffé d'oxygène dont on a bien besoin.
J'étais, je l'avoue, réticent et septique en commençant ce nouveau bouquin. Une histoire d'amour entre deux hommes racontée par une femme : ça ne pouvait pas tenir la route. J'aurais dû me souvenir de ce superbe Roman "Prends-moi par la main" de Sheri Joseph, (là encore une femme) et qui est sans doute l'un des plus beaux roman que j'ai lu, où la psychologie des deux personnages masculins et ce qu'ils peuvent éprouver l'un pour l'autre est exprimé avec une véracité qui vous clou au mur.
Il est à noter que , "bonheur fantôme", est un des rares romans sur le thème de l'homosexualité qui échappe à la dramaturgie habituelle ; où la souffrance ne conduit pas au désespoir mais à un épanouissement des sentiments et des sens. Probablement parce qu'en tant que femmes, ces romancières n'ont pas cette tentation de se projeter dans leurs personnages et d'y déverser, comme ont trop tendance à le faire les auteurs masculins, leur propre affliction. Faut-il y voir aussi, par là, que les femmes sont des êtres plus accomplis que nous et d'une nature moins tortueuse que la notre ?
Comme cela a été pour moi, ce roman vous fera découvrir une artiste peintre, Rosa Bonheur, loin des Picasso et des Monet, et dont certaines des toiles sont exposées au musé d'Orsay. L'occasion de donner une suite à cette lecture et une idée de sortie…
20:19 Écrit par patblog dans cinéma, littérature gay et les bons coins | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
09.12.2011
Une soirée inattendue au P'tit Bouchon à saint pierre d'Oléron.
Où il faut bien admettre que l'intuition féminine nous laisse loin derrière.
C'est en me promenant à travers les rues piétonnes de Saint Pierre, un dimanche matin, le pas non chaland, sans autre but que de croiser quelques regards tout en faignant de faire du lèche vitrine, que je suis tombé sur ce petit resto. Comme j'avais décidé d'inviter mes parents à dîner avec de repartir et n'avais pas fixé mon choix sur une de nos adresses habituelles, je me suis approché. Une façade en vieille pierre, quelques tables sur le trottoir, une enseigne fixée au dessus de la porte avec marqué le nom de l'établissement, le p'tit bouchon m'a inspiré confiance au premier coup d'œil.
L'endroit qui semblait cosy et conviviale proposait sur de grandes ardoise noires, une cuisine traditionnelle où se mêlaient des plats de poissons, en provenance de la Cotinière, et des spécialités du terroir. Quant au prix pratiqués, ils me semblaient tout à fait raisonnables, vu le choix et la qualité annoncée.
Le soir même nous faisions l'expérience de l'accueil souriant que l'on vous réserve à l'entrée. A l'intérieur règne une ambiance chaleureuse et feutré qui change agréablement du brouhaha des grandes salles de restaurant, tel cette pizzeria située à quelques pas de là (face au grand parking du centre ville) et que mes parents, qui s'y rendent régulièrement, ont surnommé la cantine.
Au milieu du repas, alors que je dégustais mon aile de raie au beurre citronné et que mon père décortiquait son maigre, ma mère s'est penchée vers moi et ma susurré à l'oreille tout en jetant un regard en coin en direction des deux serveurs : " ça ne te fais pas penser à la pizza San'Antonios". Pour ceux qui ne connaissent pas, la pizza San'Antonios est située en plein Marais, dans l'épicentre du quartier gay, et même si ce restaurant ne figure pas dans la liste des guides gays Parisiens, l'ambiance y est très gay-friendly, avec un personnel super branché et une clientèle à majorité arc en ciel. Aussi en entendant la remarque de ma mère (qui ne valait, ici, que pour le personnel), j'ai failli m'étrangler. J'ai eu beau prendre un air détaché, lui répondre que je ne voyais pas ce qui lui faisait dire ça et que je pensais qu'elle se trompait, elle a persisté dans sa remarque, qui me mettait d'autant plus mal à l'aise, qu'elle me semblait tout à coup parfaitement pertinente, et me troublait d'autant plus que depuis notre arrivé je dévorais les deux serveurs avec une telle goinfrerie que, lorsque l'un de ces délicieux garçons à voulu prendre ma commande j'ai failli lui répondre que je ne voulais rien d'autre.
Une fois de plus, l'intuition féminine et plus particulièrement celle de ma mère, m'a déconcerté et laissé désabusé face à ce manque de sagacité que je retrouve sur mon chemin de façon récurrente. C'est vrai que ces deux serveurs, tout en étant quelque peu différent l'un de l'autre, étaient, chacun à leur façon, très mignons. Celui qui paraissait (mais ce n'est là qu'une impression) le plus vieux des deux, semblait, avec son corps carré et robuste et ses bras musculeux et noueux comme des cèpes de vigne, descendu fraichement d'un chalutier. L'autre, qui avait ma préférence, avait un physique plus dans la moyenne : un visage aux traits fins et harmonieux entouré d'une chevelure courte et claire et dans les yeux comme une douceur qui semblait donner raison à la remarque inopinée de ma mère. Le seul reproche que je ferais à ce garçon, c'est qu'à la différence de son collègue, il portait une chemise à manche longues ! On s'imagine facilement ma contrariété lorsque l'on sait que pour moi les bras et les jambes sont, chez un garçon, les parties de son corps qui attire mon regard en premier.
Entre nous, le charme de ces deux garçons, qui s'accordaient à merveille avec le décor feutré, justifierait qu'on octroie à l'enseigne une étoile au guide Michelin et pour le moins mérite le détour.
Quoi qu'il en soit, je veux dire : que ma mère ait vu juste ou non, si vous cherchez un endroit où vous restaurer et passer une soirée agréable, le p'tit Bouchon, est entre toutes, l'adresse que vous devez retenir. Les plats sont raffinés, suffisamment copieux pour un soir, la carte, contrairement à d'autres restaurants, offre un choix de poissons et de viandes qui satisfera les esprits les plus chagrins. L'accueil et le service sont irréprochable, les prix très raisonnables, le tout dans un cadre et une ambiance rustique et cosy qui reflète sans ostentation l'esprit de l'île.

Le P'tit Bouchon
55 rue de la république
17310 St Pierre d'Oléron
05 46 47 29 44
Et si vous voulez aller y jeter un coup d'oeil :
19:43 Écrit par patblog dans Carnet, cinéma, littérature gay et les bons coins | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.12.2011
LOVE of SIAM, de Chookiat Sakveerakul.

Ne dépensez pas un centime d'euro dans l'achat de ce DVD, ne le téléchargez même pas, ce serait gâcher de la bade passante pour rien et puis c'est illégale ! Pour ma par j'envisage de le ramener à la boutique ou sinon d'acheter un litre d'essence pour le bruler au milieu de la pelouse, façon sacrifice rituel. Vous l'avez compris, je m'attendais à autre chose, j'ai été déçu !
Encore un film qui nous ressasse le thème éculé de l'amitié ambiguë entre deux garçons où l'un est gay et l'autre pas et de l'amour impossible qui en découle. Tong et Mew, deux amis d'enfance se retrouvent après une longue séparation. Jusqu'à la dernière minute le réalisateur va entretenir, non sans une certaine perversité, le doute quant aux sentiments de l'un des garçons (Tong) et la nature de son attirance pour son ami (Mew), qui n'a d'yeux que pour lui.
Le film est parcouru de ces moments d'ambigüité qui entretiennent adroitement dans nos esprits l'espoir improbable, mais tant attendue d'une fin heureuse. En somme un exercice de sadomasochisme sentimental, savamment orchestré, fignolé, réglé comme une bombe à retardement par des doigts d'orfèvre. J'en veux pour preuve cette scène où les deux adolescents se retrouvent à la fin d'une soirée, assis côte à côte sur un banc. La nuit est tombée, ils sont seul. Tong, celui dont on se demande s'il partage la même sensibilité que son copain, enroule son bras autour des épaules de ce dernier, se penche vers lui ; leur front se touchent et il lui décoche un long baisé, qui nous fait frémir des pieds à la tête et nous dresse le poil jusqu'aux endroits les plus parfaitement imberbes. Moi qui me sentirais incapable de rouler un patin à un garçon qui ne m'attire pas, je tique à l'idée qu'un mec qui n'est pas gay, puisse embrasser un garçon, fût-il son meilleur ami et pour cette même raison, avec tant de tendresse, et de volupté.
A coups de regards et de gestes équivoques, le réalisateur, Chookiat Sakveerakul, nous tient en haleine jusqu'au derrière instant, lorsque ces deux garçons se font face dans une ultime retrouvaille. Et lorsque l'on croit qu'une fin heureuse est proche, Tong lâche la phrase qui tue :" Je ne pourrai jamais être ton petit ami…" Les bras nous tombent, le sourire de Mew, qui pensait son rêve réalisé, se fige et toute la peine du monde s'abat sur les épaules du pauvre garçon.
Cette fin mélodramatique nous laisse au fond du cœur un goût pathétique et amer et le sentiment d'avoir perdu son temps. Mais, si malgré tout, vous sentez vos canaux lacrymaux de taille à affronter le challenge, et décidez de vous procurer ce film, préparer vos mouchoirs ou plutôt une serviette éponge, genre sortie de bain.
Sinon, tournez-vous vers des films bouleversants, intelligents, réalistes, comme Defying gravity ,ou Shelter, Maurice, leFil… qui ont raflé, non sans raison, tant de prix et de nominations, nous apportent un souffle nouveau et même si c'est difficile, nous montre que l'homosexualité, c'est possible ( n'en déplaise à certains).
20:24 Écrit par patblog dans Carnet, cinéma, littérature gay et les bons coins | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
06.12.2011
Emmanuel.
Rencontre au Sun City.
C'est en faisant le tri de cette liasse de paperasses inclassables qui s'accumulaient depuis des mois dans mon porte courrier, que je suis tombé sur cette carte de visite du Sauna "LE SUN CITY". Tout d'abord étonné par cette trouvaille, je me suis demandé comment cette carte était arrivée là. Machinalement je l'ai retournée ; au dos sur la surface blanche était inscrit un prénom au stylo bille noir, puis au dessous un numéro de portable et enfin trois lettres : "SMS", soulignées d'un trait ; le tout tracé d'une grande écriture ronde. C'est cette écriture qui a réveillés mes souvenirs, c'était celle d'Emmanuel. C'est étrange, mais cela faisait quelque temps que son souvenir me revenait par intermittence et je n'ai pas pu m'empêcher de faire le lien avec cette envie soudaine de faire le tri dans cette pile de courriers divers et de feuilles blanches couvertes de notes, d'adresses griffonnées, de mémos, devenus inutiles et qui, avec le temps, s'étaient accumulés comme des couches géologiques.
Emmanuel et moi nous sommes rencontrés un samedi soir au Sun City, dans la back room. Après les présentations d'usages, il m'avait prit par la main et m'avait entrainé dans une cabine où nous avions passé une bonne partie de la nuit à échanger des baisers ardeurs, à nous caresser et à faire l'amour de toutes les façons possibles, sans rien oublier. Puis repus, il était venu s'allonger sur moi et nous nous étions assoupis, au milieu des allées et venues et des chahuts du couloir qui nous enveloppaient et nous collaient l'un à l'autre. Puis, plus tard nous sommes descendus prendre un verre au bar ; C'est là que sur cette petite carte il m'avait laissé ses coordonnés en soulignant d'un trait les trois lettres "SMS". Emmanuel était un garçon malentendant. Ce qui était étrange, chez lui, c'est qu'il s'exprimait comme tout le monde, mais n'entendait pas. En quittant la cabine nous avions fais un détour par le vestiaire où il avait sorti de son casier deux appareilles auditifs, puis après les avoir ajustés, il s'était tourné vers moi et avait laissé échappé ces mots comme s'il ne voulait rien cacher: avec ça j'entends les sons, mais pas comme vous… Je me souviens de cette phrase comme s'il me regardait encore, accoudé à ce bar.
Une fois nos verres vidés, il m'a demandé -d'une voix qui, tout en n'attendant rien cherchait à savoir quel garçon j'étais et quel trace avait laissé chez moi les moments que nous avions passés ensemble- si je voulais rester encore ou rentrer. Pour être tout à fait honnête il me faut dire que j'ai hésité avant de lui répondre. Nous n'étions qu'au milieu de la nuit et dans l'espoir d'un meilleur coup et pour cette seule raison, mes soirées au Sun City, comme dans d'autres Saunas, ne prenaient fin, qu'au petit matin, lorsqu'il n'y avait plus rien à faire que les comptes de ma nuit, les bons coups et les autres. Mais peut être parce que ce garçon par sa différence, le rendait plus touchant que tous les autres, peut être aussi pour prolonger cette rencontre qui me changeait de ces garçons éthérés qui une fois la dernière goutte crachée, n'ont d'autres envies que de disparaitre, à sa plus grande satisfaction j'ai proposé de le raccompagner chez lui.
Le souvenir de ce garçon, me revient au fil de ce billet, comme un paysage qui réapparaitrait peu à eu entre les échappes d'un brouillard.
Un corps mince, une peau claire, des cheveux blond vénitien, Emmanuel n'était ni beau ni moche, simplement jeune, et délicieux de cette jeunesse qu'il portait sans en être conscient. C'était aussi un garçon simple et droit, employé au ministère des finances, on il passait ses journées à contrôler des déclarations de revenus, sans faire de zèle, m'avait-il précisé, comme s'il n'avait pas voulu jeté d'ombre entre nous. En montant dans ma voiture, il a caressé les cuirs et les velours qui couvraient les sièges et les accoudoirs et a ajouté "Joli !". C'était là sans doute un réflexe professionnel.
Je l'ai déposé près d'une porte de Paris, je ne sais plus laquelle, dans le nord, pas loin de chez lui. Je me souviens qu'il s'est penché vers moi, avant de refermer la porte, pour me préciser que je ne devais pas le contacter avant les fêtes de fin d'année, parce qu'il partait en province. Il a claqué la porte un peu fort et s'est dirigé vers l'arrière de la voiture. Tout en guettant le moment de m'engager dans la circulation, je l'ai cherché dans le rétroviseur pour le voir une dernière fois. Il se tenait debout sur le trottoir, le regard tourné vers moi, comme s'il attendait que je sois parti pour prendre le chemin de son appart.
Doutes.
Les fêtes de fin d'années laissées derrière nous, j'ai attendu un message de lui que j'espérais et redoutais tout autant. Il ne m'a jamais fait signe et moi, je pensais que c'était à lui de décider. La douceur du souvenir qu'Emmanuel avait laissé dans mon cœur se heurtait à l'idée de m'engager dans une relation avec un garçon affecté de ce handicape. A chaque fois que je m'imaginais cette relation, la difficulté de communiquer avec lui, ces mots doux que l'on chuchote à l'oreille de l'amant et qui se perdraient dans son silence, ces conversations que nous ne pourrions jamais avoir ensemble sur l'oreiller une fois la lumière éteinte, les moments que nous ne partagerions jamais : une musique, un film, le bruit des vagues qui se brisent sur le sable, ces pans d'une vie qui nous (me)seraient refusées, toutes ces pensées me tournaient dans la tête et y semaient le doute.
La tentation de le revoir.
Les semaines ont passé et j'ai fini par glisser cette carte dans mon porte courrier comme l'on tourne une page. Jusqu'à ce qu'en faisant le tri dans ce fouillis de documents divers qui s'étaient accumulés au fil des mois elle ne ressurgisse et avec elle le souvenir de ce garçon. Il venait parfois faire trois petits tours dans ma mémoire, comme tant d'autres croisés dans mes nuits ; mais j'avais complètement oublié l'épisode de nos coordonnées échangées au bar du Sun City. Alors son écriture au dos de cette carte a projeté le souvenir de ce garçon dans mon présent, comme si soudain il se rappelait à mon souvenir et venait de frapper à ma porte. J'ai cherché à situer cette rencontre dans le temps. C'était après que j'ai acheté ma nouvelle voiture, avant que je me fasse opéré pour la seconde fois et qu'un silence pesant ne prenne la place de mes espoirs de rémission. En découvrant cette carte, je me suis emballé comme on le fait toujours dans ces moments où un petit rayon de soleil perce soudain à travers un long ciel de pluie, et tout c'est accéléré dans mon esprit. Lui écrire, envoyer un message pour le nouvel an, c'est ce que je projetais aussitôt de faire et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire j'avais déjà trouvé les mots et les avais assemblés en des petites phrases.
On ne revient pas en arrière.
Je n'enverrai pas ce message je ne chercherai pas à le revoir, peut être parce que j'ai vieilli, que je ne crois plus au coup de cœur ou plus simplement parce que je suis devenu plus pragmatique. Passés les premiers moments d'enthousiasme la réalité est revenue comme une pluie glacée. Je me suis dit que ce garçon avait peut être, sans doute, fait d'autre rencontre comme la mienne, trouvé ce qu'il cherchait, ou qu'il ne se souviendrait plus de moi, comme je me souviens de lui. C'est si loin tout ça. J'ai compris que ce n'est, que par trop de solitude, que ce garçon m'a semblé si proche, si vivant. Et puis ces mots du roman d'Yves Navarre, Le temps voulu, me sont revenues en mémoire et ont fini de glacer mon sourire :
Parce que j'ai trop attendu, toi ou un autre, quelqu'un…
Parce que je nous vois trop tel que nous sommes,
Et que je me vois tout le temps tel que je suis,
Parce que la parade ne m'amuse plus,
Parce que j'avais dix huit ans quand tu es né…
Parce que…
Alors j'ai pris la carte, l'ai retourné entre mes doigts, j'ai regardé une dernière fois son écriture et l'ai glissée dans le porte courrier, là où est sa place, et Emmanuel, ce doux garçon d'une nuit redeviendra ce qu'il est ce qu'il ne devra jamais cesser d'être, à jamais : le souvenir d'une rencontre différente des autres.
16:21 Écrit par patblog dans Carnet, Garçons de rêve | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
02.12.2011
Retour de Chimio et nouveau bilan.
Nouveau rendez-vous avec mon oncologue, Bénédicte D. Les analyses sont bonnes, même si un petit "marqueur", cette fois encore se fait remarquer comme à chaque bilan. Encore une fois je me suis hasardé à lui demander, d'une voix timide et sans oser insister, ce que cela signifiait. Mes résultats son toujours satisfaisant mais au fond je ne suis pas plus avancé.
- c'est bien, m'a telle répondu d'un air convaincu. Puis, comme pour me dissuader de lui demander plus de précision, elle m'a rappelé que mon dernier scanner datait d'aout dernier. D'un commun accord nous avons décidé de remettre la prochaine échéance en janvier prochain, après les fêtes de fin d'année, au cas ou…
J'évolue dans un temps qui n'existe pas. On ne guérit pas d'un cancer : mort des suites d'une longue maladie, les rubriques des journaux sont là pour nous le rappeler. Je suis dans l'œil du cyclone, là où il ne se passe plus rien. Et je ne sais pas combien de temps cela va durer, ni quoi faire de ce temps qui prend le poids d'une attente trop longue. Je guette des réponses qui ne viennent pas et dont je redoute le tranchant, tant que je n'ose plus poser ces questions. J'ai perdu la notion du temps. Je ne sais plus quel jour nous sommes, je m'étonne qu'une semaine se soit déjà passé, depuis ce jour qui me semblait hier et il me faut vérifier pour m'en assurer. Et chaque jour j'expédie les affaires courantes, je vaque à mes occupation comme l'on dit, et je me surprends à tenir mon intérieur dans un état de propreté irréprochable, à arroser mes plantes, à classer mon courrier, par instinct sans doute, comme mû par un mouvement perpétuel, une sorte d'inertie. Voilà où j'en suis. Je suis vivant, la maladie est contenue, mais je n'ai plus d'envie et j'avance en regardant le bout de mes pieds, comme si mon existence ne se déclinait plus qu'en trois dimensions.
Ma vie défile comme des paysages inconnus derrière la vitre d'un train qui m'entraine je ne sais où. Parfois il m'arrive de ressentir un vrai désir, comme une réminiscence, celui d'un corps jeune, allongé près de moi. Alors j'imagine son torse ferme et ses jambes à la musculature effilée parcourus de jeune poiles, ces aisselles fournies, son odeur suave qui se tend vers moi et m'enveloppe d'un désir charnel, d'une promesse, comme un air frais au creux de l'été, un souffle du soir à travers les persiennes. Mais ce désir ne dure pas, plus. Le charme des garçons que je croise ne m'émoustille même plus.
C'est dans cet état désabusé que me laissent, à chaque fois, mes rendez-vous avec mon oncologue et l'annonce de mes "bons résultats".
"La maladie il faut l'accepter, l'aimer…"
Imaginer que vous vous réveilliez un matin, dans la confusion d'un mauvais rêve, d'un songe morbide. Vous vous enroulez dans la tiédeur rassurante de votre couette en vous disant que ce n'était qu'un cauchemar, comme ceux que l'on fait lorsque l'on est gosse, de ceux qui s'effacent lorsque l'on ouvre les yeux. Vous reprenez peu à peu vos esprits, sortez de votre torpeur, vous êtes maintenant tout à fait réveillé, vos yeux sont grands ouverts, mais au moment de ce retour à la réalité, une sueur froide vous parcoure, vos pensées se coagulent : ce n'était pas un mauvais rêve mais bien ce qui vous arrive, et tout s'efface autour de vous, votre être tout entier se fige.
Le plus difficile à exprimer, à transcrire en des mots, ce n'est pas un amour déçu, un rêve brisé, un regard qui se détourne. Tous ces petits drames qui au fond, donne un sens à notre vie et nous offrent l'occasion de rebondir, de repartir d'un autre pied. Non. C'est cette non vie, cette marche à rebours, contre laquelle on bute, qui nous laisse sans mot. Nous sommes fait pour vivre – c'est ce que j'ai compris- la mort est contre nature, c'est un carrefour qui n'existe pas ; la preuve : on nous enseigne toutes sortes de choses: à apprendre, à réussir dans la vie, à aimer, à en guérir, à rebondir, à supporter la souffrance, la disparition d'un être chère. Tout. On nous apprend tout. Tout, sauf à mourir. C'est un sujet tabou, qui fait se détourner les regards.
Vus de l'extérieur, je ressemble à tous les autres. Mais quelque chose s'est brisé en moi. C'est un peu comme si je n'appartenais plus à ce monde, comme si je me tenais debout au milieu d'une soirée, un verre de champagne tiède dans la main, en me demandant ce que je fais là.
La responsable du centre omnisports que je fréquente, m'a confié un jour entre deux portes :
" Il ne faut pas se battre. La maladie il faut l'accepter, l'aimer…" Je l'ai regardé incrédule, comme une femme sortie d'une boite de Pandore. Elle a ajouté : "Je ne sais pas comment expliquer ça, ça peut paraître bizarre ce que je dis et pourtant c'est ça !". Puis elle est entrée dans la cantine où l'attendaient ses collègues et m'a jeté un dernier regard : "Vous savez, dans les arts martiaux celui qui se bat perd toujours… Surtout, ne gardez rien pour vous."
Elle revenait du Japon, où elle avait passé dix ans. Elle avait été opérée quelques années auparavant d'un cancer du sein, elle est en rémission.
Ne pas chercher à se battre, aimer la maladie, comme un pied de nez qu'on lui ferait, ne rien garder pour soi, mais plutôt faire partager aux autres ce qui nous arrive, sans ostentation, simplement comme quelque chose qui fait partie de la vie : c'est ce que j'ai retenu de ces quelques mots échangés entre deux portes et je suis convaincu que cette femme a raison, mais voilà, je ne sais pas faire. J'ai réussi à accepter l'idée de la maladie, ou plutôt je m'y suis résigné. Lorsque l'on a été fauché à plusieurs reprises pas de mauvaises nouvelles on ose plus se relever. Alors on reste à terre en se disant qu'ainsi, la prochaine fois, ça fera moins mal.
18:53 Écrit par patblog dans Carnet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.12.2011
Le bonheur tient à peu de chose.
Ce qui me rend heureux, croiser le regard d'un garçon qui me plait sans que celui-ci ne se détourne.
19:15 Écrit par patblog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note







