27.10.2011

Quand mes parents sont chez moi...

Mes parents viennent de passer un séjour chez moi. J'adore mes parents mais au bout quelques jours je suis au bord de la crise de nerf. Ils sont repartis lundi dans la matinée. Je devrais avoir honte de penser ça et plus encore de l'écrire mais à la fin je comptais les heures. Nous avons des vies et des centres d'intérêts si différents et à chaque fois c'est moi qui m'efface. Leur séjour s'est terminé, la veille de leur départ, comme toujours par le traditionnel repas que j'organise tous les ans à l'occasion de mon anniversaire. Mon Oncle et ma Tante étaient invités ainsi que mon frère et sa femme, de passage à Paris. Lorsque ce repas se prépare, je sais que j'entre dans la dernière ligne droite.
Durant ces dix jours, je n'ai pas pu écrire une ligne, aligner deux mots dans ce carnet. Mes parents étaient dans mon dos, assis devant la télé qui diffusait des jeux télévisés horriblement monotones et imbéciles ou bien le brouhaha des matchs de foot avec la voix du journaliste qui accélère en même temps que l'action, monte dans les octaves au point de couvrir le son de mes écouteurs, pourtant vissés à fond dans les oreilles.

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A l'heure du café ou pour siroter mon whisky en tirant sur mon cigare, (non ce n'est pas une métaphore !), J'enfilais une veste de laine, enroulais un écharpe autour de mon cou et me réfugiais sur la terrasse. C'est là qu'un soir, le vendredi 21 octobre peu après 21h00, dans un ciel si pur qu'il me faisait penser à un dessin animé de Wall Disney, j'ai vu une boule de feu traverser le ciel. J'ai cru tout d'abord qu'il s'agissait d'un avion en feu. Mais très vite j'ai compris que j'étais en train d'assister à l'entrée dans l'atmosphère d'une météorite ou quelque chose comme ça. L'ensemble formait un long trait lumineux, avec à l'avant une boule rouge qui se prolongeait par une queue fine, orange puis blanche le tout traversant le ciel en direction du sud avec la vitesse d'un missile. Au bout de quelques secondes, la chose à ralentie, comme si elle avait été freiné puis aussitôt à explosé à la façon d'un feu d'artifice pour retomber en une pluie de débris incandescent. Je n'avais jamais assisté à phénomène céleste aussi impressionnant. Jean, mon collègue de bureau (le seul avec qui m'entends bien), un Cambodgien d'origine Chinoise, m'a répondu en plissant les yeux et en affichant un sourire malicieux, que l'information avait été très peu relayée dans les médias grand public et que la version officiel était que nous avions tous été les victimes d'une hallucination. En chiffonnant son visage comme un vieil asiatique assis devant son épicerie il a ajouté en forçant son accent: "Vous êtes tous fous ! Il ne faut pas parler de ça, pas parler ! C'est pas bien, vous allez faire peur à tous le monde !" Quand Jean prend son accent de Bangkok et froisse son visage, il me fait penser à Yoda, les oreilles en moins !
En allant faire un tour sur le web j'ai compris que je n'avais pas été victime d'une hallucination et que ce soir là une pluie de météorites ou d'autres choses, s'est bien abattu en divers points du ciel, en France et en Europe…

L'argent...

A chaque fois que mes parents doivent venir, je rempli le frigidaire, le placard à provisions et m'assure d'avoir fais le plein de rouleaux de papier hygiénique et à chaque fois mes parents arrivent avec des sacs remplis de victuailles qu'ils ne manquent pas de compléter lors de leur première sortie au super marché, sans oublier un pack de rouleaux de papier hygiénique ; si bien que malgré tout mes effort je me sent très vite, non plus chez moi, mais invité chez moi ! Je ne voudrais pas donner l'image d'un mauvais fils, mais je sens que cette générosité n'est pas innocente et dans quinze jours, lors que j'arriverais chez eux, je leur rapporterais toutes les provisions qu'ils ont laissé ici (légumes, pack de bière, gâteaux et bouteilles d'apéritif, serviettes en papier, etc), sans oublier les rouleaux de papier hygiénique.

Je n'ai de cesse de leur dire que je gagne très bien ma vie, que je n'ai pas besoin de leur argent et à chaque fois ils me répondent par une moue désarmante et je comprends dans tout cela qu'il est plus simple pour eux d'être de bons parents et sortant leur argent qu'en me demandant si j'ai rencontré quelqu'un.

 

Vivre en cachette.

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Au milieu de leur séjour, plusieurs films je j'attendais avec une impatience fiévreux, sont arrivés : L'objet de mon affection, La vérité ou presque, Eating Out 3 (que je vous recommande), Courts mais gay. Je regardais mon écran en rongeant mon frein, le doigt sur la souris près à cliquer. La dernière fois que mes parents étaient là ils m'ont demandé si j'avais un film à leur "passer". J'ai osé. Je leur ai mis Une petite zone de turbulences, un film que j'avais déjà vu. Je pensais qu'ils pourraient supporter ce genre de mélo, où deux gays font quelques apparitions sporadiques, un film socialement correct en somme. C'était me projeter dans le futur et prendre mes rêves pour des réalités. Lorsque je suis revenu dans le séjour à la fin du film, mes parents étaient blêmes et n'ont fait aucun commentaire, comme si je venais de montrer un film de bareback à un militant d'act-up. J'ai compris que ça n'était pas gagné et depuis cette séance ils ne m'ont plu jamais posé ce genre de question.


 Malgré tout, j'ai fini par craquer et après m'être assuré qu'il n'y avait pas de scènes "scabreuses",  j'ai osé regarder par petits morceaux de quelques minutes, la  vérité ou presque, sur mon portable, profitant que mes parents soient dans la cuisine à mettre le couvert, ou dans mon dos, mais…le regard absorbé par leur émission préférée. En cachette en somme. C'est terriblement frustrant et révoltant que de devoir encore se cacher pour être soi-même, même chez soi.

 

Quand on se retrouve seul.

Après qu'ils soient parti, je culpabilisais tant, d'avoir attendu cet instant, que je n'ai même pas profité de cette liberté retrouvée. C'est contradictoire, mais c'est toujours ainsi. C'est lorsque la vie nous est refusée que l'on se promet tout un tant de chose, que les envies nous viennent. Et puis, lorsque l'on se sent rendu à soit même, lorsque que je leur ai fait un dernier signe de la main de la fenêtre de ma chambre, lorsque leur départ m'a rendu à ma vie, je me suis retrouvé seul dans mon séjour, et j'ai tout regretté : les discussions que je n'ai pas eu avec eux, par impatience, mes silences lorsqu'ils s'inquiétaient de savoir, avec la délicatesse de leur âge, si j'allais bien et de n'avoir pas su apprécier tout ce qu'ils m'ont offert. J'avais juste le sentiment de sortir d'un coma, comme s'il y avait un trou de dix jours dans ma mémoire. Je me suis passé les films qui m'attendaient : "L'objet de mon affection", "Eating out 3", "les corps ouverts" ; mais je n'y ai pas pris le plaisir que j'attendais. C'est lorsque l'on est privé de sa liberté que l'on comprend tout ce que l'on peut faire lorsqu'on en dispose et que nous vient l'appétit de vivre. Mais toujours lorsque cette liberté nous est rendue, cette envie de vivre s'efface comme un mirage.

C'est contradictoire, mais c'est toujours ainsi. C'est lorsque la vie nous est refusée que l'on se promet tout un tant de chose. Et puis, lorsque l'on se sent rendu à soit même, lorsque que je leur ai fait un dernier signe de la main de la fenêtre de ma chambre, lorsque leur départ m'a rendu à ma vie, je me suis retrouvé seul dans mon séjour, et j'ai tout regretté : les discussions que je n'ai pas eu avec eux, par impatience, mes silences lorsqu'ils s'inquiétaient de savoir, avec la délicatesse de leur âge, si j'allais bien et de n'avoir pas su apprécier tout ce qu'ils m'ont offert . Et lorsque j'ai appelé ma mère, sur la route qui les ramenait chez eux, j'ai senti dans sa voix comme un regret.

 

 

 

 

 

 

19:54 Écrit par patblog dans Carnet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

15.10.2011

Militants d'AIDES, des gens (presque) comme moi ?

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Depuis des mois je songe à rejoindre une association gay de lutte contre le sida. J'y vois là un moyen de sortie d'une solitude de plus en plus pesante où je m'enfonce comme dans des sables mouvants ; la possibilité de rencontrer des garçons confrontés comme moi aux affres de la maladie. Même si ces deux maladies sont différentes par leur nature, les traitements eux sont aussi lourds et leurs effets secondaires aussi dévastateurs. Cette idée en tête, il m'est arrivé parfois de songer à la dernière fois où j'avais croisé un de ces groupes de jeunes qui militent pour la cause homo et dont la simple vue m'avait réconforté. Alors, en arrivant devant la station de métro Cour Saint-Émilion quand j'ai aperçu ces militants de l'association AIDES qui démarchaient, j'ai dressé les oreilles. L'un deux était tourné de mon côté cherchant sa prochaine victime. C'était un beau jeune homme au regard clair et enjoué, le visage dévoré par une barbe hirsute qui descendait dans le bas de son cou et me rappelait celle que j'arbore quand je ne me suis pas rasé de la semaine. Le genre de garçon qui m'inspire confiance et avec qui je me sentirais capable de discuter pendant des heures, moi qui d'ordinaire ne suis pas capable de tenir une conversation plus d'une minute.
 J'en crevais d'envi qu'il m'aborde mais m'efforçais de n'en rien laisser paraître. D'ordinaire, dans ce genre de situation, les gens attendent le dernier instant pour enfin relever la tête sur celui qui leur barde le chemin ; alors que là, tout en feignant de ne pas l'avoir remarqué, c'est moi qui cherchais son regard ; la situation était cocasse. Nos regards ont fini par se croiser, j'ai détourné les yeux, puis l'ai regardé à nouveau d'un air faussement surpris, un air de faux cul en somme. Mon attitude l'a laissé perplexe, il a hésité et m'a adressé un sourire qui voulait dire: alors je peux ?! J'ai souris à mon tour et me suis approché.


Le garçon n'était pas du genre racoleur, rien à voir avec un vendeur de chez Darty qui vous demande de vous justifier lorsque vous refusez de lui prendre une garantie à vie à 15 euros pour un lecteur de DVD qui en vaut 50, ou un disciple des témoins de Jehova qui vous promet la sérénité ici bas et la vie éternelle dans l'au-delà en échange d'une substantielle contribution financière.
Il m'a posé la question d'usage.
- Vous connaissez notre association ?
J'ai répondu avec un petit sourire complice en opinant de la tête " oui, oui, bien sûr !".
 J'espérais secrètement qu'il engagerait la conversation sur l'homophobie, ou la prévention, voire qu'il me demande si j'étais pd. Au lieu de ça il a poursuivi en me proposant de devenir un donateur régulier. Mon enthousiasme est aussitôt retombé. Je lui ai expliqué, d'un air confus que je préférais donner quand j'en avais envie ou bien pouvais me le permettre. Ces coups de cœur on plus de valeur pour moi, que cette formule qu'il me proposait, qui s'apparente à une mensualisation, et qui avec le temps fini par devenir une obligation qui perd tout son sens. Il a repris en m'expliquant que cette façon de donner leur permettait de budgéter à plus long terme. Je hochais de la tête de droite à gauche en plissant des lèvres d'un air désolé, une mimique qui chez moi traduit autant la négation que la déception.
Devant mon refus, il n'a pas insisté. Puis d'un ton qui n'avait rien perdu de sa chaleur, il m'a remercié de les aider à ma façon et m'a souhaité une bonne santé… S'il savait !

J'ai rejoins l'entrée du métro avec le sentiment d'avoir été lamentable, d'avoir réagit comme un petit français moyen qui se met sur la défensive à chaque fois qu'on l'aborde. Mon cas est décidemment sans espoir. J'aurais pu lui demander un formulaire, rebondir sur sa proposition en lui demandant plus d'informations, prolonger cet instant par quelques parlottes, ne serais-ce que pour profiter de lui encore un peu, mémoriser son visage. Au lieu de cela je me suis replié sur moi, je suis rentré dans ma coquille comme un bernard l'ermite et je me suis mélangé à la foule qui convergeait vers l'escalator, conscient que je venais de m'être enfoncé un peu plus dans ma solitude.

14:20 Écrit par patblog dans Carnet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : aides, sida, gay, homo

11.10.2011

Les amoureux qui s'bécotent sur les bancs publics.

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Ce midi Le temps était maussade, il y avait peu de monde au parc de Bercy. Sur un banc au pied des terrasses, dans un endroit discret, deux amoureux se serraient l'un contre l'autre, une main posée sur celle de l'autre. Ce qui m'a intrigué dans ce couple d'ordinaire banal, c'est que je venais de reconnaitre les visages de deux garçons. C'était tellement inattendu que je ne les lâchais plus des yeux. Pour l'un cela ne faisait aucun doute : c'était bien un mec, mais pour le second, même après être passé à leur hauteur je me posais encore la question. Je me suis assis sur un banc à côté d'eux – c'était le seul qui restait libre et cela faisait mon affaire-  et j'ai sorti un cigare. Au début le plus vieux des deux, s'est mis à me surveiller du coin de l'œil, puis voyant que je ne leur prêtais pas plus d'attention qu'à n'importe quel couple, il a remit son bras autour des épaules de l'autre et posé sa main sur son bras.

Celui au physique plus mature, avait l'aspect d'un jeune cadre dynamique un peu cool, brun, coupe courte, regard noir, veston et pompes cirées. L'autre aux allures d'étudiant, tennis blanches, jeans en accordéon, blouson écossais, portait des cheveux châtain et longs qui balayaient son cou et cachaient en partie son visage. C'est sans doute cette chevelure qui faisait planer dans mon esprit un reste de doute sur la nature de se couple. Son visage autant que la distance me permettait d'en juger, était fin, son expression malicieuse. Il me faisait penser à un Poulbot et tous les deux, avec leurs différences qui les complétaient, allaient si bien ensemble et semblaient si proches l'un de l'autre que ça m'a fait mal.
Il est rare, ailleurs que dans le Marais –là tout y est surfait– de voir deux garçons s'embrasser ou se tenir par la main de façon aussi naturel et dans un lieu public. Ces scènes, même lorsque l'on se balade dans Paris, sont tellement exceptionnelles qu'à chaque fois qu'elles s'offrent à moi, cela me réconforte et en même temps me serre le cœur.   
L'aire de rien, tout en tirant sur mon cigare, je me tournais vers eux. Ils m'avaient oublié et à nouveau rendu à eux-mêmes, ils se faisaient face, enlacés, visage contre visage, bouches collée l'une à l'autre par de longs baisés passionnés et leurs étreints étaient si brulantes, si semblables à celles de tous ces couples que l'on rencontre sur les bancs publiques que par instant il m'arrivait encore de douter, que j'assistais aux ébats amoureux de deux garçons.

Après de longues étreintes entre coupées de confidences, ils ont quitté leur banc ; j'ai levé les yeux sur eux je me suis attardé sur le plus jeune et j'ai souri : c'était bien deux garçons. Le jeune cadre à pris sa sacoche à la main, l'étudiant a mis sa besace en bandoulière et côte à côte ils se sont éloignés, en marchant si proche l'un de l'autre, qu'à chaque pas leurs épaules se touchaient.

Ce qui m'a saisi chez eux et qui m'a donné l'envi d'écrire ce billet, ce qui les a rendus à mes yeux plus adorables encore, c'est qu'à aucun moment, que ce soit dans leurs gestes, leurs attitudes, leurs voix sans mots, rien n'était excessif. Pas de manière, de petits gestes, de singeries qui eussent brisé l'originalité et la magie de cet instant. C'était  deux garçons qui se bécotaient sur un banc public, deux garçons semblables à tous les autres et c'était là ce qui faisait tout leur charme.

 

08.10.2011

L'objet de mon affection, de Stephen McCauley.

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Une histoire qui réjouira ceux qui se disent bisexuels et les réconfortera dans leurs reculades et leurs convictions…
L'objet de son  affection n'est autre que cette Nina, femme libérée, qui attend un enfant d'un homme avec qui elle se refuse à vivre et qui compte sur son colocataire, George, le gay de service pour l'élever avec elle. Et n'allez pas vous imaginer autre chose comme je l'ai fais en saisissant le bouquin des mains du libraire à qui je venais d'expliquer que je cherchais un remède à ma dernière lecture. Pour faire simple, c'est l'histoire d'un mec, par trop mou du gland, qui regarde défiler sa vie et celles des autres, le cul entre deux chaises et qui sans réelle conviction, résigné plus qu'amoureux, se résoudra à faire le choix de Paul, un garçon dont la patience et la maturité nous laissent coi.
Le livre s'en sort grâce à cette comédie de la vie que l'auteur sait parfaitement mettre en scène et à l'humour mordante des dialogues qui au fil des pages nous arrachent des fous rires, presque nerveux, tant ce George -qui jusqu'à la dernière page refuse, avec une obstination qui en devient pathologique, d'être heureux- finit par devenir pathétique, voire… Crispant.

 En refermant ce livre, je me suis consolé en me disant que finalement, comparé à ce garçon, j'ai l'impression de savoir ce que je veux. Comme quoi on ne perd jamais son temps à lire.

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01.10.2011

Quai des tuileries.

les mots à la bouche,gay

Mon hebdomadaire balade dans Paris a commencé par un café à l'Open bar. A ma grande surprise le blondinet à la gueule d'ange peigné avec un pétard et aux attitudes de petit mec affirmé était toujours là et j'ai eu droit à un "bonjour" en coup de vent. Cette fois il m'a remarqué. Il faut dire que la façon discrète mais non moins évidente avec laquelle accoudé au comptoir je le lorgnais ne pouvait pas lui avoir échappée. C'est sans doute la raison pour laquelle alors qu'il passait derrière moi ses bras noueux encombrés de salades composées, j'ai senti sa hanche effleurer mon cul. Il portait un pentacourt, qui laissait voir ses mollets musculeux, tapissés de petits poiles blonds et bouclés dont je me régalais la vue en songeant combien ça devait être doux à caresser !
 Ce que je désire le plus chez ces jeunes garçons, ce n'est pas tant la vue de leur corps nu -ce que je peux m'offrir devant mon écran plasma- que de connaitre leur vie. Pour moi qui n'ai jamais été jeune, la vue de ces garçons déclenche en moi tout un tas de questions. Découvrir l'appart qu'il partage avec un autre, savoir de quoi sont faites leurs soirées, connaitre l'intimité de leur quotidien, serait pour moi comme d'entrer dans un mausolée, une grotte au trésor, un grenier encombré de mystères. Je suis ressorti en me disant qu'un jour il  faudra que je me décider à venir déjeuner ici, un vendredi midi par exemple et j'ai pris le chemin de ma librairie préférée : les mots à la bouche. Là un autre garçon très différent du serveur de l'Open mais à sa façon tout aussi désirable, m'attendait entre les rayons exigus. Il était planté devant le mur où s'aligne les romans gays, consultant la tranche des bouquins sans se décider. J'avais fais mon choix avant qu'il n'entre dans la boutique, mais je retardais le moment de me diriger vers la caisse, faisant celui qui hésite encore entre un titre et un autre, pour contempler encore un peu, son corps gracile, la finesse de son profil, la douceur de ses gestes en essayant de m'imaginer sa vie. Une "crevette" m'aurait rétorqué la plupart de mes copains. "Oui, mais une adorable crevette et peut être plus "garçon", que ces nounours orgueilleux qui trainent derrière eux une odeur de bouc et qui sous leur allure rustre, s'éloigne en dodelinant du cul comme s'il avait oublié d'enlever leur plug."

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Je suis sorti du Marais par la rue de Rivoli, j'ai longé le Parc de la Tour saint Jacques, puis traversé la place du Chatelet et j'ai obliqué vers le Louvres. Je suis descendu sur les quais à la hauteur de la passerelle des arts. Il y avait peu de monde et rien d'intéressant, trop tôt peut être. Sous le pont Royal toujours les mêmes odeurs de pisse qui vous agressent les narines. C'est dans ce coin que je finissais mes nuits en sortant de l'Arène, du temps où ce "club de sexe" s'appelait encore comme ça. Après il y a le port des Tuileries où la navette fluviale venait d'accoster pour charger une poignée de touristes étrangers. Je me suis assis un instant à l'ombre d'un platane, j'ai rallumé mon cigare et je me suis dit en regardant passer les péniches : "Quelle chance que tu as d'être ici, dans la plus belle capitale et de pouvoir en profiter autant que tu veux !".

 

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J'ai repris ma marche en direction du jardin des tuileries. Sur un de ces bancs en pierre, si lisses qu'ils font penser à du marbre, un garçon allongé, torse nu, se faisait griller au soleil. Son corps était mince, sa peau mate et lisse, absolument imberbe, tendue et fraiche comme celle d'un gamin. Son bras posé sur ses yeux, offrait à mon regard une aisselle tapissée de poiles bruns, légèrement tondus. C'était comme une révélation sensuelle à la fois douce et douloureuse à contempler.
Plus loin un jeune homme assis sur le bord du quai, le haut du corps offert aux rayons du soleil, balançait ses jambes au dessus de l'eau. De part et d'autre de son ventre deux petits bourrelets naissant, semblables à mes poignées d'amour, et peut être pour cette raison, le rendaient à mes yeux plus désirables encore. Quand je suis arrivé, il a tourné la tête vers moi et nous nous sommes jeté un regard bref, suivi d'un second, puis d'un troisième.  J'ai pensé que j'avais dû le regarder le premier et qu'il se demandait ce que je lui voulais, que si j'insistais il allait me faire une remarque désobligeante devant les badauds qui se seraient tous retournés sur moi. L'horreur. J'ai détourné la tête et continué mon chemin jusqu'aux terrasses des tuileries, du côté du musé de l'orangerie. Là, je me suis assis sur un banc, un de ceux où Montherlant venait se reposer et faire la causette aux jeunes garçons du quartier.

Quand je me suis levé pour rentrer, j'ai eu envi de déguster une dernière fois ce jeune garçon allongé au soleil, de graver ce corps dans ma mémoire, pour plus tard. Alors plutôt que de rentrer par la rue de Rivoli, j'ai repris le chemin des quais. Le garçon n'était plus là. Mais, un peu plus loin, j'ai reconnu le jeune homme au torse nu, celui qui laissait pendre ses pieds au dessus de l'eau. Il était assis à côté d'un vieux bonhomme débonnaire, qui lui racontait sa vie. Le jeune avait la tête tourné vers lui et l'écoutait. Quand je suis passé à leur hauteur, le bonhomme à levé les yeux vers moi et m'a détaillé de haut en bas, d'un air on ne peut plus explicite.
 J'ai continué à marcher et au bout de quelques pas, comme si dans ma tête un brouillard s'était soudain levé, tout est devenu clair dans mon esprit. Ce garçon qui balançait ses pieds au dessus de l'eau ne se demandait pas ce que je lui voulais lorsque j'étais passé la première fois, mais cherchait à accrocher mon regard et n'avait pas insisté pour les mêmes raisons que moi. Soudain, j'aurais tout donné pour remonter le temps, pour être assis à la place de ce vieux bonhomme bedonnant que j'avais méprisé au premier coup d'œil et qui maintenant me faisait envi, pour être assis aux côtés de ce délicieux jeune homme, respirer à plein poumons l'odeur suave de sa peau chauffé au soleil, pour être là, aussi proche de lui que d'un ami et voler à petits coups d'œil, tous les détails de son corps : de ses bras de son tors, de sa nuque, que j'aurais rangé avec le soin d'un bibliothécaire, dans les petites cases de ma mémoires, pour les ressortir une fois rendu à la solitude de mes nuits. J'aurais tout donné, mais cette fois encore c'était trop tard. Je me suis imaginé revenant sur mes pas et, poussant le vieux d'un coup d'épaule lui dire d'un ton cassant : c'est ma place, et en imaginant cette scène comico-dramatique, j'ai souri, d'un sourire amère.

Encore une fois je me suis retourné sur un garçon plus jeune que moi et quand son regard a croisé le mien, cet intérêt, improbable, inespéré que j'avais cherché à capter chez lui et que je trouvais enfin, me semblait tout à coup suspect. Je devrais relire La chut, de Camus.

Dans le RER qui me ramenait chez moi, j'ai pensé, pour me convaincre que je n'avais rien perdu, ou pour oublier que je n'avais pas su assumer mon désir, que ce jeune homme à la peau méditerranéenne, ne cherchait rien d'autre qu'à se loger. Peut être, sans doute, surement, je n'en sais rien. Ce qui est sûr par contre, c'est qu'avec de tels raisonnements qui flairent la lâcheté on reste seul !
C'est absurde et à chaque fois, depuis des années, depuis toujours, je me dis que c'est absurde et je continu, je répète, je répète en me promettant que la prochaine fois…

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