31.05.2011
Formation en vue..
Quand j'ai réalisé que je venais d'entendre son nom parmi la liste des trois personnes qui s'étaient dit intéressés par une formation aux outils d'ordonnancement, j'ai sursauté. Cela faisait de longs jours que je ne l'avais pas vu Nicolas et je m'étais fais à l'idée qu'il était raisonnable de l'oublier et de tourner la page. C'était la première fois que j'entendais prononcer son prénom et son nom, c'est pour ça que j'ai mis un temps avant de réagir. Jusque là je ne les avais entendus que dans ma tête, lorsque je songeais à lui et fouillais dans ma mémoire pour y retrouver l'éclat de son regard et les traits de son visage. Aussitôt, je me suis intéressé à cette réunion où jusque là je m'ennuyais comme un rat crevé. Le responsable de mission évoquait un nouveau projet que je devrai piloter et qui comprendra un volet formation que je suis en charge d'assurer.
Il me semblait renaitre, sortir d'une longue léthargie, sentimentale et morale ; mon cœur se remettait à battre par le seul fait que l'on venait de prononcer son nom au milieu d'une réunion. Au début d'une histoire de cœur, celui-ci se nourrit de peu de chose, d'un détail, d'un nom prononcé, son nom. Et puis, ce que je venais d'entendre revêtait un double sens pour moi. Non seulement j'étais tout émoustillé à l'idée de passer plusieurs jours aux côtés de ce garçon, de pouvoir le connaitre un peu mieux, de m'approcher de lui, mais aussi je me sentais rassurer à l'idée que Nicolas semblait être parmi nous pour un bout de temps encore.
Et puis, Nicolas est un garçon intelligent, compétant, alors j'ai imaginé qu'à la fin de sa formation il me serait facile de le pistonner pour occuper la place de Jean, mon collègue. Il coute trop chère sur la mission, et notre hiérarchie aimerait bien le voir partir sur un autre projet, ailleurs.
Mon supérieur est un incompétent, un ancien militaire sorti du rang, reformaté. Un peu loubar de banlieue dans sa jeunesse, réfractaire aux questions techniques, il s'appui exclusivement sur les compétences qui l'entour pour mener à bien sa mission. Il me serait simple de l'embobiner, de le convaincre qu'il a dans ses rangs, un collaborateur qui pourrait remplacer Jean à moindre coût.
J'y songe.
20:41 Écrit par patblog dans Carnet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.05.2011
Les Saumonards : la plage des garçons.

La peau de son prépuce était si fine et moulait si parfaitement son gland, que la première fois que mon regard est tombé dessus, j'ai cru qu'il était circoncis. Taille moyenne, corps svelte joliment dessiné, cheveux brun ; j'ai tout de suite remarqué le garçon, et j'ai choisi de m'installé près de lui, enfin…d'eux, parce qu'il était accompagné d'un type bien plus vieux que lui et que moi, genre jeune retraité. J'ai compris qu'ils se connaissaient, étaient venu ensemble mais, à la distance qui séparait leur serviette et aux gestes qu'ils échangeaient : familiers mais sans plus, qu'ils n'étaient pas en couple
Huit jours de congé à Oléron chez mes parents. Ma filleule est venue me rejoindre, mais sa présence n'a rien changé à mes habitudes et malgré son œil noir, profitant d'un temps exceptionnel, j'ai passé mes après-midi à la plage des Saumonards, l'une des deux plages naturistes de l'île.
Je me suis installé à quelques pas du jeune éphèbe, légèrement en retrait. Il était debout et me jetais des petits regards par dessus son épaule, auxquels je ne manquais de réponde à chaque fois. Ce petit jeu me laissait tantôt triomphante, parfois dubitatif, parce que je me demandais si j'avais éveillé son intérêt ou plus simplement sa curiosité.
Sur la plage je ne laisse pas indifférent. C'est souvent que des garçons plus que désirable me lorgnent, comme le faisait celui-ci, mais, ce qui ressemble à si m'éprendre à de l'intérêt ne va jamais beaucoup plus loin. Je n'ai jamais rien compris au langage de la plage.

La nature avait pourvu celui-ci d'un attribut qui paraissait presque disproportionné par rapport à son corps et semblait gonflé et s'allonger au fil des petits coups d'œil qu'il me jetait, à moins que se ne fût sous l'effet du soleil.
Le mois de mai est la saison des retraités et même du coté gay le poivre et sel est la couleur dominante, aussi ce garçon -si jeune au regard de celui qui l'accompagnait et de ceux qui nous entouraient-, avec ses jambes fines et fuselées, son ventre plat, ses deux petits pecs comme deux œufs sur le plat, ses gestes sans manière et ce visage masculin couvert dans le bas d'une barbe de trois jours, n'en était que plus désirable encore, comme une perle au milieu d'un sac de billes.
Bien sûr il ne s'est rien passé entre nous. Jamais je n'aurais osé m'approcher de lui, ni même le suivre quand bien même il m'y aurait invité. Trop peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas savoir quoi dire, que mon sexe ne se recroqueville comme un escargot que l'on vient d'effleurer. Alors à cette peur de déchoir, de me sentir blessé dans mon amour propre, j'ai préféré rester sur une note d'espoir et rentrer chez moi, satisfait d'avoir attiré l'attention d'un jeune si désirable.
Certains jours sur cette plage, sans prétention, j'aurais pu me "faire" tous les mecs du coin. Par moments ils étaient plusieurs à me tourner autour, me matant sans relâche avec une insistance presque vulgaire, cherchant à accrocher mon regard pour pouvoir ensuite m'aborder. Mais aucun ne me plaisait, ne m'inspirait ; sauf un type genre pilote d'air France à la retraite. Mâchoire carré, regard d'acier, cheveux courts, grisonnants ; sous l'emprunte du temps on devinait que le gars avait du faire des ravages autour de lui lorsqu'il était encore jeune. Il ne me plaisait pas tant que cela, simplement avec son corps entretenu, sa queue épaisse le gars ne m'avait pas laissé tout à fait indifférent, et il m'est venu cette pensée -je devrais dire ce fantasme-, que si ce type, sans rien dire c'était approché pour me violer, je crois que je me serais laissé posséder. Alors, tandis que je sentais une légère raideur envahir le haut de mes cuisses, j'ai songé que parmi ces jeunes mecs qui me regardaient par-dessus leur épaule et dont l'attitude me restait mystérieuse, incompréhensible, il y en avait sans doute certains, chez qui la même pensée avait traversé l'esprit.

Le dernier jour, je me suis dirigé comme d'habitude vers le bout de la plage gay. Là, à l'endroit où se tenait le jeune éphèbe du premier jour, était installé un garçon qui à quelques pas lui ressemblait tant que j'ai cru un instant que c'était lui. J'ai posé mes affaires à trois ou quatre mètre. Le garçon était un peu plus vieux, un peu plus grand et il portait sur la jambe gauche un tatouage qui allait de la cheville jusqu'au genou, ses cheveux étaient peignés avec un pétard.
C'était un lundi, le jour des coiffeurs comme m'avait dit un copain connu sur cette plage quelques années plus tôt et celui-ci pouvait très bien en être. Lorsqu'un insecte le dérangeait il le chassait du bout des ongles en agitant ses doigts comme s'il voulait se débarrasser d'un Chewing-gum et non par une pichenette comme je l'aurais fait, et le reste de ses gestes étaient emprunts des mêmes manières. Rien à voir avec mon jeune mec aux comportements naturels, aux gestes masculin et doux à la fois.
Celui-ci, de toute évidence plus débridé, ne cessait de se tripoter et par jeu je me suis mis à en faire autant. En quelques instants mon bout se mis à gonfler et prit un début de raideur qui n'échappa pas au regard qui me lorgnait par-dessous une paire de lunette de soleil quelque peu excentrique.
Le garçon matait tout ce qui passait à sa portée et plusieurs fois il se leva et dans le simple appareil, partit longer la plage. De toute évidence il n'était pas venu uniquement pour parfaire son bronzage, il avait un besoin impérieux à satisfaire.

Vers la fin de l'après-midi, toujours dans la tenue d'Adam, le sexe turgescent, il se leva de sa serviette et se dirigea vers un petit sentier qui montait en haut de la dune au pied de laquelle nous étions installés. En passant près de moi il a tourné la tête et m'a regardé droit dans les yeux, puis à recommencé à plusieurs reprises en gravissant le sentier. Ce n'est qu'au moment où il est arrivé en haut de la dune et m'a jeté un dernier regard, que j'ai réalisé qu'il m'invitait à le suivre.
Je suis tellement convaincu qu'une telle invitation ne peut pas m'arrivé qu'il me faut du temps pour "percuter", lorsqu'un garçon me fait ce genre d'appel du pied. Mais aussitôt mon intuition s'est emballée. J'ai pigé que le garçon coiffeur, n'aillant pas trouvé chaussure à son pied, s'était rabattu sur moi et je me sentais vexé de n'être en quelque sorte que sa roue de secours, un coup possible, l'occasion de se vider les couilles autrement que dans la solitude des draps. Le gars semblait trop bien savoir ce qu'il voulait, c'est sans doute pourquoi, ma queue, au lieu de gonfler et de se tendre comme chez n'importe qui, s'est mis à se rétracter comme si elle voulait rentrer à l'intérieur.
C'est pour toutes ces bonnes, mauvaises raisons, cette éternelle peur de me prendre une veste, qu'au lieu de lui filer le train, j'ai gagné la plage et me suis mis longer la dune.
Nous marchions, lui en haut de la dune, moi qui la longeais, en se surveillant du coin de l'œil, puis il a disparu dans la pinède là où les garçons à l'abri des regards chastes, s'abandonnent à des plaisirs le plus souvent enfantins. Sans nul doute notre rencontre se serait terminée par une partie de branlette ; quelques caresses mécaniques, cent fois répétées, un peu de lèche, une jouissance sans vrai plaisir et nous aurions emballé le tout d'un sourire faussement satisfait. Puis, rendus à notre solitude, nous aurions échangé quelques banalités avant de repartir chacun de notre coté. Ce scénario immanquable, expérimenté tant de fois, sur cette plage où ailleurs, n'avait pas de quoi déclencher chez moi une poussée d'hormone. Et puis le gars bien que beaucoup plus jeune que moi ne m'attirait pas vraiment : trop maniéré à mon gout, trop typé. Au fond, seul sa bite d'une taille respectable et sa ressemblance avec le jeune éphèbe, avait suscité mon intérêt.
A mon tour je suis monté suis la dune, déserte; au loin, à l'orée de la pinède, j'ai aperçu le garçon qui discutait avec type, sans doute une connaissance. C'est ce que j'ai pensé, parce qu'il s'était écoulé trop peu de temps depuis qu'il avait disparu dans les buissons pour qu'ils aient pu se passer quelque chose entre eux. Il m'a reconnu, m'a jeté un coup d'œil, sans plus et a poursuivit sa discution.
Je ne me sentais très mal à alaise, pour ne pas dire ridicule, avec au fond moi le sentiment d'avoir été un lâche. Je venais de me conduire avec ce garçon comme d'autres le faisaient avec moi : comme une minaude, qui tortille du cul, font les yeux doux et puis au dernier moment, détournent le talons. Je portais sur moi le même jugement. Je n'étais pas fier de moi. Une fois de plus j'avais échoué devant un garçon et tous les arguments qui se présentaient à mon esprit, venaient, avec la même impuissance, mourir comme le clapotis des vagues sur le sable. Quand je suis revenu à ma place, le soleil avait pris sa courbe vers l'horizon, l'après midi touchant à sa fin, le vent devait frisquet ; j'ai rassemblé mes affaires et je me suis barré, avant que l'autre ne revienne. C'est tout ce que je pouvais sauver : me barrer pour échapper à son regard.
Quand j'y repense aujourd'hui, je me dis que j'ai eu raison ; que ce type ne m'aurait rien apporté de plus, et qu'après cette rencontre, je serais rentré chez moi plus seul encore, plus désabusé que jamais.
20:29 Écrit par patblog dans Carnet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.05.2011
Rue du rêve.
Enfin je me suis décidé. J'ai pris ma voiture et je me suis rendu là où habite ce Nicolas B, dont je ne sais toujours pas s'il est le mien. Je me suis garé à une centaine de mètres de l'adresse trouvé dans les "pages blanches", pour savourer en marchant ce sentiment d'enfant que j'avais réveillé en moi. Le temps était gris. Il tombait du ciel une pluie fine et monotone propice à l'introspection, au repli sur soi.
Mettre un prénom sur un visage, puis un nom : le sien, celui d'une rue, un numéro ; découvrir enfin, non sans un petit serrement au creux du ventre, une façade, une porte : tout cela c'était me rapprocher de lui, découvrir l'endroit où il vivait.
La dernière fois que je l'avais vu il était arrivé en fin de matinée et en passant devant notre bureau était venu nous dire bonjour. Nous n'étions que deux, moi et Jean un Cambodgien d'origine, un peu plus âgé que moi bon père de famille qui ne manque pas de draguer tous les jeunes nouveau qui passent à sa portée, habitude qui lui vaut à la salle de musculation, une renommé sulfureuse et les galéjades des mecs qui ne manquent jamais une occasion de plaisanter sur le sujet. Le garçon qui venait de rentrer dans notre bureau n'avait pas échappé à la règle, comme je crois l'avoir déjà raconté dans un précédent billet.
Nicolas avait le teint frais, l'œil pétillant, la démarche légère. Après avoir salué Jean qui l'avais considéré avec une certaine perplexité (vu l'heure tardive à laquelle il déboulait), il s'est approché de moi. Cela faisait plusieurs jours que je ne l'avais pas vu, une éternité : il oublie parfois de passer nous rendre visite en arrivant et de mon côté, je n'osais me rendre à la supervision, là où on l'a installé, de peur de trouver sa chaise vide. A ne plus le voir, je m'avançais, résigné, vers l'idée triste et libératrice, que son projet pour lequel il avait rejoint notre équipe, était fini, qu'il était parti et que je ne le reverrai plus. Ce matin là, j'avais regardé ma montre plus qu'à l'ordinaire et passé l'heure où je pouvais encore espéré le voir arrivé avec son sac à dos et cette bonne humeur qu'affiche les garçons à qui l'existence sourit, je m'était dit : voilà c'est fini, tu peux tourner la page, tu ne saura jamais rien de lui et l'ennui ajouté à la morosité des jours était retombé sur ma vie.
Alors quand il m'a tendu la main c'était comme si un rayon de soleil venait de percer les nuages après une longue journée sans heure. Son visage était radieux, son regard plus intense que jamais. Il m'a sourit comme à son habitude mais cette fois il m'a semblé qu'il y avait là, sur ses lèvres plus que de la gentillesse. Pour sûr, si je mettais tant de chaleur dans le regard que je porte sur un garçon et dans ma façon de le saluer, il faudrait que l'autre soit pour moi plus qu'un collègue de bureau et que je nourrisse pour lui quelque tendresse.
Nous avons échangé l'éternelle : "Salut" que j'ai accompagné -toujours soucieux de ne pas trahir mes sentiments- d'un banal : "ça va ?". Lui à ajouté : "Tu va bien ?" et il y avait dans sa voix, dans son regard, une douceur et une ferveur qui m'ont fait chaviré. C'était, comme si sa question était sincère et qu'il s'inquiétait vraiment de savoir si j'allais bien. J'ai pensé que peut être ou sans doute, Antoine, le collègue qu'il a connu sur une autre mission et avec qui il va griller sa cigarette, lui avait parlé de moi, que j'étais confronté à des problèmes de santé qui justifiaient mon mi-temps thérapeutique ; peut être… C'est du moins ce qui m'est venu à l'esprit pour expliquer de façon plus prosaïque cette gentillesse qu'il me manifeste : tenir à distance mes vieux démons et retenir un cœur qui s'enflamme si vite.
J'étais dans cet état d'esprit en marchant sous la pluie, le souvenir de ce sourire m'avait décidé à sortir de ma tanière et la chaleur qu'il avait mis dans sa voix m'accompagnait comme une promesse vers cette adresse trouvée sur internet.
Plus j'avançais, plus mes jambes devenaient molles et les gens que je croisais semblaient tous me regarder. Après avoir passé un petit carrefour, je m'engageais dans cette rue que j'avais mémorisée sans effort. Le quartier avait gardé l'emprunte des petits villages que furent autrefois ces communes proches de Paris. Des petits bâtiments en Molière, d'autres rénovés en gardant le cachet du passé m'entouraient. Je cherchais le numéro en m'attendant à être déçu par une maison bourgeoise, une vielle demeure, quelque chose qui ne lui ressemblerait pas… Mon cœur se mit à cogner dans ma poitrine.
Je longeais la vitrine d'un laboratoire d'analyse et j'ai pensé : cela me suit ! Et puis : cela ne peut être là ! C'était pourtant le numéro que je cherchais, ce numéro, ce chiffre qui depuis des jours me trottait dans la tête comme une idée fixe. Je me suis approché, un type qui sortait de la boulangerie à deux pas de moi m'a jeté un regard, comme celui que l'on porte sur un étranger, sur quelqu'un qui n'a rien à faire là, il me semblait qu'il lisait en moi, qu'il m'avait deviné.
Je regardais cette vitrine perplexe, en me disant que décidemment il ne pouvait pas habiter là. Le doute s'immisçait en moi. "Qu'est ce que je fais là, qu'est-ce que je suis venu trouver ici ?". Il me venait soudain à l'esprit que ce garçon s'il habitait ici pouvait débouler à chaque instant dans mon dos me reconnaitre, me considérer, là devant sa porte, d'un œil intrigué, non... Méfiant. Il m'aurait demandé : "qu'est-ce que tu fais là ?". Comment lui dire ? lui expliquer que c'est à cause de ce rêve que j'ai fais la nuit dernière :
Il traversait mon sommeil d'un pas léger le regard assuré, sans me remarquer. Moi je ne voyais que lui. Nous étions dans un dortoir en forme de couloir. Les lits étaient alignés contre une cloison, j'en choisissais un. J'espérais sans trop y croire qu'il me rejoigne, lorsqu'il se dirigea vers un autre déjà occupé par un garçon de son âge. Ce dernier paraissait plus masculin de part ces cheveux bruns et les traits de son visage, mais de part ce contraste même ils semblaient fait l'un pour l'autre. Mortifié, je me dressais sur mes coudes espérant, contre ce que j'avais pressentit, les voir allongés chacun de leur côté ; mais je les vis qui se tenaient l'un contre l'autre, enlacés, ne formant qu'un seul corps. Comment lui dire ? Lui raconter ce rêve qui m'avait poursuivit toute la matinée, jusqu'à ce qu'il entre dans le bureau, me fixe de son regard d'émeraude et me tende une main quelque peu mole – qui me ramena à mon rêve-, en prononçant le rituelle : "Salut, tu va bien ?!"
Ces pensées me torturaient l'esprit, quant à gauche de la vitrine couverte d'un voile blanc par souci de confidentialité, mon regard se porta sur un renfoncement, une sorte d'entrée, barré par une porte en alu vitré, que je n'avais pas remarqué tant elle était discrète ; je faisais un pas en avant avec dans mon dos tous les regards du quartier.
Je levais la tête. Le bâtiment comportait deux étage en plus du laboratoire et se terminait par ce qui ressemblait à un duplexe avec terrasse. L'immeuble, récent avait le goût des architectures modernes, construit avec soin, avec pour chaque appartement un petit bacon disposé en quinconce pour rompre avec la monotonie des façades. Sur l'un, deux velots couverts d'une bâche, sur un autre un sèche linge où pendaient des tee-shirts et des sous vêtements de garçon. Le tout avait le cachet de ces petites résidences bien pensées, dans un lieu calme, rénové avec le soucie de s'intégrer à la vie du quartier : le studio idéale (parce que de tout évidence il y avait là que des studios) pour des jeunes sans enfant qui font leurs premiers pas dans la vie et où chacun travail, ou bien de jeunes célibataires. Tout cela n'avait pas le goût de me plaire, me semblait si différent de moi.
Sous l'interphone il y avait une plaque, sous la plaque en plexiglass des étiquettes avec des noms. Il y en avait huit, chacune d'elle comportait deux couples de noms. Je les parcourais résigné à ce qui m'attendais en pensant : tant pis, je rentrerais chez moi et je me passerais un film de cul, un truc bien saignant et après un repas vite avalé, je me glisserais sous ma couette et choisirais dans le catalogue de mes rêves un autre garçon, un visage imaginaire pioché dans l'un de ces films que je me repasse en boucle, ou bien plus réel, l'un de ces corps au cul bombé et au torse couvert d'un velours naissant, croisé dans l'une de mes nuits, et je m'efforcerais de retrouver l'odeur sa la peau, l'effuse de son corps et je me réveillerais au matin dans un jour nouveau, lavé de ce prénom.
J'étais prêt à repartir, cela faisait bien deux bonnes minutes que je me tenais devant cette porte et il me semblait que tout les yeux du quartier pesaient dans mon dos, quand mon regard, je ne sais pourquoi, s'est attardé sur la dernière étiquette en bas de la liste. En fait, je me souviens maintenant qu'elle a attiré mon attention parce qu'il y avait là sur ce petit rectangle blanc un nom, un seul, le nom que je cherchais: B…
Ainsi, il y avait là, dans cet immeuble, que des appartements auxquels ce rattachaient deux noms… sauf un. J'ai pensé : ainsi, si c'est bien lui, il vit seul.
J'ai rejoins ma voiture le cœur léger, sans pouvoir dire pourquoi ; son visage était à nouveau là dans mon esprit, comme s'il venait de quitter le bureau : frais, au regard généreux, si doux à le voir. Mon rêve avait retrouvé, comme au matin, la fraicheur du jardin, d'un jour nouveau, quand tout, soudain, nous semble à nouveau possible.
Je sais que cela ne veux rien dire : ce nom sur une étiquette, ce n'est peut être pas lui. Mais le rêve était sauvé ; je pourrai ce soir encore me glisser sous ma couette en l'imaginant à mes coté.
11:21 Écrit par patblog dans Carnet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gay
05.05.2011
Mettre un prénom sur un visage.
Nicolas, son prénom c'est Nicolas. Après bien des hésitations j'ai fini pas me décider et j'ai demandé à mon collègue - le nouveau arrivé qui fume sa cloppe sur les escaliers de secours avec ce garçon qui m'a tapé dans l'œil.
Ce matin en arrivant Antoine avait fait quelques "bêtises" sur la "prod". J'ai rattrapé le coup, l'ai rassuré et pour finir je lui ai dis qu'il n'était pas normal qu'à peine arrive il fasse déjà des matins, seul - Celui qui est "du matin", doit vérifier les traitements de nuits, analyser les éventuels incidents, prévenir le client et faire les reprises si nécessaire- Ce n'est pas au bout d'un mois que l'on maitrise suffisamment l'ensemble des chaines de productions, pour assurer ce rôle, il faut six mois pour les meilleurs et un an pour les autres pour acquérir cette compétence.
Antoine m'a remercié pour cette remarque qui revenait à prendre sa défense -non sans une petite idée derrière la tête : celle de sympathiser avec lui et d'avancer mes pions dans ce sens. Bien manœuvré ai-je pensé lorsque plus tard il m'a proposé un café. C'est là devant le distributeur, que je me suis jeté à l'eau. J'ai posé la question qui me brulait les lèvres, sans réfléchir ; sinon j'y serais encore.
"Nicolas" m'a-t-il répondu sans trouver ma question étrange. Il m'a dit l'avoir connu lors de sa mission précédente à la "santé". Puis il a bafouillé en prononçant son nom et a fini par un " enfin quelque chose comme ça!".
De retour à mon bureau je n'ai pu m'empêcher de consulter l'annuaire Lotus Notes de notre équipe et comme celle-ci ne compte qu'un seul Nicolas, j'en ai déduit son nom (je l'appellerai B), puis la tentation était trop forte d'aller sur internet et de faire une recherche sur les "pages blanches". J'ai commencé par ne saisir que son nom et le département :75. Cette requête ne m'a ramené que quatre occurrences (ce nom est très peu courant). Puis à tout hasard et sans y croire j'ai fait la recherche sur mon département en ajoutant son prénom ; mon cœur battait comme celui d'un ado. J'ai obtenu un résultat avec l'orthographié exacte et chose incroyable cette personne habite dans une commune voisine de la mienne et à une centaine de mètres à peine de la gare où je prends le train tous les matins. Mais comment savoir si ce Nicolas B est bien le mien?
J'ai donc fait la même recherche sur tous les départements d'ile de France : aucun résultat, la probabilité qu'il existe un autre Nicolas B sur Paris et sa banlieue est donc fort mince.
Il y a quelques années, j'aurais évalué en fonction de ses horaires l'heure à laquelle il devait prendre son train et j'aurais fait le guet devant la gare, un matin de semaine, un jour où je ne travaille pas ; pour l'ivresse du rêve et l'envie d'aller jusqu'au bout de mes sentiments, quoi qu'il m'en coûte ; persuadé et porté par l'idée qu'en amour la persévérance est toujours récompensé : il n'y a rien de plus faut. Mais je suis devenu paresseux ou bien plus raisonnable ; je trouverai bien un subterfuge, profiterais d'une occasion, pour, sans quitter mon fauteuil avoir la réponse à ma question.
21:23 Écrit par patblog dans Carnet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note






